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Château de Boudry

Ambassade du Vignoble neuchâtelois

Œnothèque et Musée


Avant de commencer la visite à proprement parlée, il faut dire pourquoi il y a un musée consacré à la vigne et au vin dans le Pays de Neuchâtel. En plongeant dans l'histoire, on peut affirmer que la vigne, et par voie de conséquence le vin, sont d'un usage qui remonte à plus de deux mille ans.

On doit admettre que la culture de la vigne date de la période de La Tène, soit l'époque où les Helvètes occupaient l'actuel territoire de la Suisse. Ces derniers, comme du reste les Gaulois, étaient de grands amateurs de vins. Après en avoir fait venir de Grèce et d'Italie, ils se mirent à cultiver des vignes. Quant aux vins qu'ils importaient du Sud, ils les transvasaient dans des tonneaux, dont on leur doit du reste l'invention, rejetant les amphores comme des emballages perdus.

Par la suite, tout au long du Moyen Age et jusqu'à l'aube du 19e siècle, la vigne et le vin vont jouer dans le Pays de Neuchâtel, un rôle économique prépondérant, devenant au gré des siècles l'activité économique primordiale pour toute la région.

Cette prépondérance a été déterminante à divers niveaux. La vigne et sa culture ont forgé les mentalités, marqué l'architecture vernaculaire, permis l'essor économique, apportant au Pays les espèces sonnantes et trébuchantes qui lui faisaient défaut.

Il faut penser que sur les six millions de litres que le vignoble neuchâtelois produisait au cours des 17e et 18e siècles, environ quatre millions étaient bus sur place ; les deux millions restant étaient exportés principalement en direction de la Suisse allemande, vers les cantons de Berne, Soleure, Fribourg et Lucerne, apportant au Pays de l'argent bienvenu.

Ce n'est qu'à partir de 1848, au moment où la République a remplacé la Principauté que les vignes, surtout autour de la ville de Neuchâtel, ont commencé de disparaître, cédant le pas aux constructions devenues nécessaires pour loger l'afflux de personnes qui s'installaient dans le pays, suite à la liberté de commerce et d'industrie fraîchement octroyée aux habitants du Littoral.

Avec la République, les privilèges des anciennes corporations furent supprimés, et parmi eux, ceux de la Compagnie des Vignerons, qui était l'une des plus importantes corporations de la ville de Neuchâtel. Comme les vignes n'étaient plus protégées, elles sont devenues des terrains à bâtir.

Le Musée de la vigne et du vin, tel qu'il a été conçu, présente à la fois le vignoble d'hier, mais aussi celui d'aujourd'hui, mettant en parallèle les anciennes techniques et les nouvelles. Ce Musée est un trait d'union entre un passé viticole fort riche et une actualité qui l'est toujours, même si la vigne a perdu aujourd'hui la place prépondérante qu'elle avait.


Guide de la visite


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Mosaïque d'un symposium figurant un asarotos oikos (au sol non balayé) Art romain, Est de la Méditerrannée, Levant

Cette somptueuse mosaïque représente une scène de banquet, comprenant neuf personnages couchés sur un lit en demi-cercle appelé stibadum ou lit en sigma. Servis par sept serviteurs, les convives reposent tous sur leur côté gauche, selon l'usage romain du symposium, autrement dit banquet. Le repas est déjà bien avancé, comme l'indiquent les nombreux restes de nourriture éparpillés sur le sol, ainsi que la tenue des convives, décrits plus ou moins déshabillés et ivres. Le banquet a lieu dans le triclinum, la salle à manger romaine, qui se caractérise par les tentures cachant les entrées et les fenêtres et la disposition des lits de banquet arrangés autour d'une table centrale.

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Trois bouteilles romaines en verre soufflé du 1er au 4ème siècle (collection privée) et amphores vinaires du 5ème siècle avant Jésus-Christ et du 1er siècle.
Dans le pays de Neuchâtel, les archéologues n'ont pas retrouvé d'amphores intactes, mais seulement quelques tessons d'amphores vinaires du côté de la Pointe du Grin, attestant cependant de l'usage de vin dans la région à l'époque romaine.

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SOLIDARITÉ, FRATERNITÉ
Un tableau de Louis Henri de MEURON (1868-1949)

Peint pour l'exposition de Berne de 1925 pour le compte de la Société cantonale neuchâteloise des vignerons, ce tableau présente une scène d'entraide placée au-dessus du village de Saint-Blaise.
La coutume voulait que lorsqu'un des membres de la Société était malade ou victime d'un accident, les autres membres se chargent de corvée afin d'effectuer les travaux que les vignes du membre blessé exigeaient.
On voit bien l'homme affligé, soutenu par sa femme et son vieux père impotent et, dans la vigne, ses collègues en train de manier le croc pour faire le premier labour. Deux femmes encore sont en train de placer les échalas en chevalée.
    
Il convient de dire que le nom de cette « salle des chevaliers » est une appellation moderne. En effet, cette « aula magna » était la grande salle, où l'on rendait autrefois la justice. Le château de Boudry a une fort longue histoire. Construit au cours des 12e et 13e siècles, sans doute à la place d'une ancienne fortification en bois, ce château fermait à l'ouest les terres des comtes de Neuchâtel. Agrandi jusqu'au 15e siècle, il couvrait alors toute la colline, englobant dans son enceinte la tour Marfaux, qui ferme aujourd'hui l'esplanade au sud.
Le Château comptait plusieurs tours et un important donjon dont le fond de cette salle, - où il y a la cheminée -, faisait partie.
Jusqu'au 15e siècle, les comtes de Neuchâtel venaient régulièrement séjourner au Château pour y manger sur place les produits de la Recette de Boudry. Par la suite, comme ils habitaient de moins en moins leur Comté, ils abandonnèrent le château à des châtelains qui devaient y rendre la justice. Faute d'entretien, certains corps de bâtiments ainsi que des tours s'effondrèrent, servant de carrière aux habitants du bourg.
Le Château devint dès lors exclusivement le siège de la justice pour la Juridiction de Boudry et une prison. Les procès qui s'y déroulèrent pendant des siècles virent de fort nombreux accusés dont de nombreuses sorcières être soumis à la question (la torture, principalement l'estrapade) avant d'être condamnés soit à la peine capitale, soit à des peines de bannissement. On ne laissait pas les gens longtemps en prison car cette mesure coûtait cher.
Aujourd'hui, cette salle est utilisée pour des banquets, des repas, des séminaires.

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Ce tableau peint en 1887 montre l'intérieur du pressoir de la Croix-Blanche à Cressier. Pour le peindre, Jeanneret a recouru à des photographies. Ensuite, il a effectué quelques esquisses et une mise au carré conservée dans cette même salle.
Cette peinture, qu'on pourrait qualifier de naturaliste, est très intéressante sur le plan ethnographique puisqu'elle illustre l'effort que les hommes devaient fournir en phase finale de pressurage. Ils sont en train de donner les derniers tours au tourniquet ou treuil. Avec ce pressoir, on remarque un système de cliquets qui permet de remettre en arrière la poutre ou palanche sans avoir à la retirer de son support, comme c'était autrefois le cas.
On observe que les marcs – soit les poutres- reposent directement sur les planches appelées l'ivrogne et placées à même le raisin. On voit que la cage qui contenait le raisin au début de la pressurée n'est plus là, étant devenue inutile tant leur masse est désormais compacte.
Ces hommes sont en train d'extirper les dernières gouttes de jus.
En face est exposée la mise au carré de ce tableau, soit l'esquisse qui a permis la transposition des études sur la grande toile.

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Réalisée à Aubusson, cette tapisserie doit être considérée comme un des chefs d'œuvre de Lurçat. En la regardant, on remarque des vendangeurs et des vendangeuses dissimulés par des ceps géants,

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Dans cette salle, on présente une vitrine et quelques tableaux représentatifs de la Compagnie des Vignolants du Vignoble neuchâtelois. Cette confrérie bachique fondée en 1951 défend avec force les vins de Neuchâtel, comme du reste le château qui se veut être l'ambassade du vignoble neuchâtelois.
        

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Le Musée possède une importante collection des dessins et d'aquarelles de Lucien Schwob réalisés au cours de la Deuxième Guerre Mondiale à La Béroche. Ces fines notations prises sur le vif mettent en évidence de nombreux gestes et pratiques vigneronnes. Dans la Salle des Chevaliers est exposée l'unique huile sur toile datée d'octobre 1945 que Schwob a peinte sur un thème viticole. Il y applique tous les principes qu'il a pris en compte en marchant sur les traces de Jacques Villon, donnant à sa composition des lignes de forces basées sur la règle d'or et l'usage du triangle.

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Il convient de dire que Gustave Jeanneret est un des rares artistes réalistes et naturalistes à avoir choisi dans le dernier tiers du 19e siècle la vigne pour sujet. En effet, à l'époque, extrêmement peu d'artistes avaient choisi la vigne pour thème, exception faite pour quelques scènes de vendanges ou de caves. Disons que les verts de la vigne ne correspondaient pas au goût académique de l'époque. Jeanneret, avec un œuvre peint vitivinicole d'environ une centaine de toiles fait ainsi figure d'exception, ce qui donne à ses tableaux un intérêt pictural évident mais surtout une valeur ethnographique considérable puisqu'ils nous permettent pour la plupart de visualiser le vignoble avant qu'il ne subisse les transformations dues à l'apparition du phylloxéra. Ainsi ce triptyque, qui date de l889 environ, nous dévoile des images viticoles aujourd'hui disparues.
Prenons par exemple l'aile de gauche. On y voit un vieux vigneron expliquer à un plus jeune, qui se réchauffe, l'art de la taille. En effet, on taille la vigne par temps clair durant le mois de février. Mais ce qui est intéressant, c'est de relever la typologie de la vigne en regardant entre les jambes du vigneron debout. On se rend compte que les ceps ne sont pas du tout alignés mais plantés n'importe comment, selon une technique que l'on appelle la foule.
En s'approchant maintenant de l'aile de droite, on y découvre un vigneron en train de remonter des terres avec un oiseau, outil appelé ainsi en vertu de sa forme : le manche symbolisant le bec et la caisse la tête. On y aperçoit posé sur le sol un « croc », soit le fossoir avec lequel on labourait « de la première » les vignes. Mais ce qu'il faut surtout remarquer, c'est la vigne elle-même où des ceps âgés côtoient des ceps plus jeunes. Au moment de la taille, on coupait tous les sarments des cornes des ceps, exception faite pour quelques-uns dûment sélectionnés. En effet, durant la belle saison, les vignerons avaient l'habitude de marquer les plants qui étaient les plus vigoureux et les plus productifs, bref ceux qu'il convenait de provigner ou, pour employer le terme français, de marcotter.
Alors, on leur laissait à la taille deux ou trois sarments. Durant le mois de mars, on creusait à leur base un trou ou fosse, on y mettait un peu de fumier puis on pliait à l'intérieur le bois du plant en prenant soin de laisser ressortir les sarments. On recouvrait le tout de terre. Les sarments donnaient naissance à de nouveaux plants. Ainsi, les vignes produisaient sans discontinuité durant des décennies, voire des siècles, puisqu'on n'avait jamais besoin de les arracher, vu qu'elles étaient sans cesse renouvelées par provignage. On estime que chaque année un 4 à 5% des plants étaient ainsi provignés.
Quant à la scène centrale, elle présente une scène typique de vendanges en pays de Neuchâtel. On y avait l'habitude de fouler directement les raisins à la vigne et ceci, pour trois raisons. La première était purement économique. De nombreux vignerons vendaient directement leur vendange à la récolte. Pour pouvoir la comptabiliser, il fallait pour cela avoir des cuveaux dûment étalonnés. On parle à Neuchâtel de gerles qui ont une capacité de cent litres. Au début, on foulait avec un simple pilon, ensuite avec des fouleuses comme celle représentée sur le tableau.
La deuxième raison était fiscale. L'Etat retirait des vignes la dîme. Pour la percevoir, il convenait que la récolte de chaque vigne soit mise en gerle. On retirait normalement une gerle sur onze  ou une gerle sur dix-sept. Cet impôt était loin d'être négligeable. Jusqu'à l'aube du 18e siècle, l'Etat retirait environ un  tiers de ses recettes de la vigne et du vin !
Quant à la troisième, elle est plus anecdotique. Comme le vignoble neuchâtelois se trouve en zone septentrionale de culture, on profitait de fouler le raisin à la vigne pour utiliser les rayons du soleil afin de lancer le processus de la première fermentation, celle qui transforme le sucre en alcool. Il n'était point rare que l'on vendangeât fort tard et que, certaines années, les raisins gelassent dans les gerles. On n'avait pas comme aujourd'hui les moyens de chauffer les caves afin de maîtriser cette fermentation.

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Les porteurs de gerles de Gustave Jeanneret        
Moins réaliste que le triptyque, ce tableau présente deux vignerons en train de porter une gerle avec l'aide d'un ténéri. Ce transport se faisait pour placer les gerles foulées à la vigne sur le char à brecets puis pour décharger ce char à l'entrée du pressoir.
Il fallait coordonner ses mouvements et tenir d'une main la base de la gerle afin d'éviter le balancement.
    

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Existant à l'état sauvage, la vigne a sans aucun doute permis aux Helvètes de découvrir les joies de l'ivresse. Probablement cultivée depuis le 2e siècle après J.C., elle recouvre peu à peu les coteaux du Littoral. Attestée historiquement en 998, elle devient la principale ressource économique et financière du pays. Au Moyen Age, les comtes en retirent plus du tiers de leurs revenus. Presque tous en cultivent quelques ceps.
L'argent afflue grâce au commerce des vins établi avec les cantons combourgeois de Berne, Soleure, Fribourg et Lucerne,
Le domaine viticole atteint son apogée au 17e siècle, recouvrant plus de 1300 hectares. Peu à peu, les grands propriétaires abandonnent la culture entre les mains de vignerons tâcherons qu'ils surveillent par le biais de la Compagnie des vignerons créée en 1687, donnant naissance à une sorte de prolétariat viticole.
Au 19e siècle, la vigne est progressivement délaissée. L'industrialisation, l'urbanisation ainsi que l'apparition de maladies telles l'oïdium, le mildiou et surtout le phylloxéra  favorisent la disparition d'un grand nombre de parchets.
Dans les années 1960, l'essor de la construction est tel que l'Etat est contraint de prendre des mesures de protections, stabilisant dès lors la superficie du vignoble à environ 600 hectares.

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Grecs et Romains employaient l'amphore. Les Gaulois ont inventé le tonneau. Dans nos régions, l'usage de la bouteille ne s'est généralisé qu'à partir du 18e siècle, voire du 19e lorsque le vigneron jugeait son vin digne d'être conservé plusieurs années.
Actuellement, boîtes de conserve, vino-box, tétra briques tentent de rivaliser avec le verre qui reste pourtant la matière la plus apte à conserver les vins.
Après avoir utilisé dans un premier temps des chevilles en  bois entourées d'étoupe pour obturer les bouteilles, on a fabriqué des bouchons en liège. Aujourd'hui, faute de matière première, on recourt de plus en plus à des bouchons synthétiques, de verre ou simplement des capsules métalliques.
Au gré des siècles, il est impensable de comptabiliser le nombre de tonneaux, barriques, bossettes qui ont quitté le rivage neuchâtelois pour des destinations diverses. Au 18e siècle déjà, les vins de Neuchâtel partaient pour l'Afrique du Sud et l'Amérique.

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Aujourd'hui, la bouteille est le conditionnement par excellence du vin. Pourtant, son usage ne s'est généralisé que dans le dernier tiers du 19e siècle. Avant on ne réservait l'usage de la bouteille qu'aux vins que l'on jugeait dignes d'être vieillis. Ceci veut dire que dans le pays de Neuchâtel, on ne mettait en bouteilles que tous les trois ou quatre ans. En effet, la qualité des vins fluctuait d'année en année. Mettre du vin en bouteilles permettait de spéculer sur les prix et ainsi de vendre plus cher certains millésimes côtés. Toutefois une mise en bouteilles n'était pas une opération aussi simple que l'on veut bien le croire. Ceci pour trois raisons.
Tout d'abord, les bouteilles elles-mêmes coûtaient cher. Elles étaient toutes faites main et leur forme et leur contenance variaient de l'une à l'autre ; il en allait de même pour leur goulot.
Deuxièmement, le prix des bouchons, qui venaient d'Espagne, variait d'année  en année en fonction du marché.  Avant l'usage du liège, on fermait les bouteilles avec un morceau de bois entouré d'étoupe que l'on recouvrait de goudron (une sorte de cire).
Troisièmement, comme on ne maîtrisait pas totalement l'art de la vinification, il était fort fréquent qu'avec une mise en bouteilles faite à un mauvais moment, on encourt le risque de voir se développer des fermentations malvenues dans les bouteilles elles-mêmes, faisant ainsi exploser en cave un grand nombre d'entre elles. Il faut dire que les anciennes bouteilles n'avaient pas des parois d'épaisseur uniforme et ainsi, la moindre différence de pression les faisait éclater. Il n'est pas rare de lire dans certaines archives que des vignerons pouvaient perdre ainsi jusqu'au tiers de leur mise en bouteilles. Ils se rattrapaient cependant par la plus-value qu'ils obtenaient sur les ventes.
Au 18e siècle, une tentative de cave commerciale (celle de la Rochette) eut recours aux bouteilles pour tenter des plus-values pour les vins. Au 19e  siècle, la commercialisation de vins mousseux entraîna des achats massifs de bouteilles en provenance des verreries de Saint-Prex (Vaud) ou de la Vieille Loye en Franche-Comté.
Les verreries du Doubs, comme celle de Blanche-Roche qui a commercialisé des bouteilles en verre bleuté ont disparu avec les premières années du 20e siècle.
Par son caractère carbonique naturel, le vin de Neuchâtel avait besoin d'une bouteille relativement solide pour éviter qu'elle n'explose lors de fermentations tardives. Pour ce faire, les vignerons eurent recours à des bouteilles en verre épais renforcées par une bague autour du goulot et par une base fortement concave (le cul).
La bouteille neuchâteloise a de fortes analogies avec celle de la Bourgogne, témoignant ainsi d'une parenté certaine.
Après des années de banalisation, les vignerons neuchâtelois utilisent à nouveau un modèle propre au Pays que quelques verreries coulent expressément à leur intention.
Aujourd'hui, les nécessités du marketing font que les encaveurs emploient une grande variété de bouteilles en fonction des vins qu'ils commercialisent.
Dans les vitrines sont exposés des exemplaires allant du 17e au 20e siècle.

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Avec le temps, les techniques d'analyse se sont perfectionnées. Des premiers essais datant du 19e siècle à la maîtrise actuelle de la chimie du vin, que d'étapes sont été franchies.
Sont exposés ici les principaux appareils utilisés dans les analyses des vins.

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Pour illustrer l'art de la tonnellerie, nous avons sélectionné les principaux outils utiles à la fabrication de tonneaux et quelques tonnelets. Ce qu'il faut savoir, c'est que jusqu'à la fin du 18e siècle, les tonneliers fabriquaient principalement des tonneaux ronds. Leur fabrication ne nécessitait qu'une seule forme de douve. Ensuite, avec l'essor de leur art, ils se mirent à construire des tonneaux ovales qui occupaient mieux l'espace des caves, surtout en hauteur et qui étaient plus résistants.
Dans le pays de Neuchâtel, on avait l'habitude d'élever les vins dans de très grands foudres ; les plus grands connus pouvaient contenir jusqu'à vingt mille litres de vins.
En revanche, pour commercialiser les vins, on les transvasait dans de plus petites barriques. Et là, sur les six millions de litres que produisait annuellement le vignoble, deux tiers étaient bus sur place. Le tiers restant était exporté principalement en direction des cantons combourgeois de Lucerne, Fribourg, Berne et Soleure.
Il convient aussi d'observer les plans de tonneaux qui témoignent de la perte de l'empirisme.
Pour la construction d'une barrique ou d'un tonneau interviennent les opérations suivantes :
Il s'agit en effet de déterminer au préalable la capacité du tonneau à construire. Pour ce faire, il existe plusieurs formules de calcul basées sur le principe de la mesure de capacité d'un cylindre. Cette opération est nécessaire pour connaître la grandeur des douves et des fonds à façonner.
Ces pièces de bois, généralement en chêne, voire en sapin pour notre région, forment les éléments essentiels de la barrique et leur confection exige toute une série d'interventions où l'adresse, le coup d'œil et la mesure de l'exécutant sont primordiaux.
Les douves sont taillées dans des merrains (bois fendu à la main dans le sens de la maille du bois) Après un temps de séchage, les douelles sont traitées par le tonnelier qui leur donne leur forme définitive. Il les met tout d'abord à la dimension souhaitée car toutes les douelles doivent avoir rigoureusement la même longueur. Il les place ensuite sur un bâti en bois pour les parer et les vider. Avec une plane à deux mains, le tonnelier leur donne l'arrondi souhaité. Il évide aussi l'intérieur pour faciliter le cintrage.
Il faut ensuite procéder au fléchage afin que la douelle soit plus large en son milieu qu'en ses extrémités. Ceci permet de donner la forme ventrue au fût. Toutes ces opérations se font généralement à l'œil, au doigté.
Avant de commencer l'assemblage, le tonnelier doit, pour éviter toutes les fuites,  passer la douelle sur la colombe afin de donner le pointu nécessaire et de déterminer avec précision la pente des joints, en fonction du diamètre du fût.
La douve de bonde, soit celle qui aura le trou de bonde est choisie large, d'épaisseur  régulière et d'un bois nerveux et dur pour résister aux coups de maillet.
Les douelles sont placées debout les unes sur les autres, appuyée sur une autre douelle inclinée qui sert d'appui. Puis, elles sont rassemblées les unes à côté des autres à l'intérieur d'un cercle de moule. D'autres cercles sont ensuite placés et serrés sur la première ébauche.
Pour faciliter le cintrage du bois, le bois doit être chauffé. On place à l'intérieur du fût une chaufferette garnie de copeaux et de charbon. La chaleur assouplit lentement le bois qui est continuellement mouillé tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Progressivement, un câble de cabestan placé autour du fût est serré dans le but de rapprocher les bases des douelles. Dès que celles-ci sont jointives, le tonnelier place des cercles  avec l'aide de chasses, tout en prenant soin d'ajuster les douelles pour que celles-ci soient toujours bien alignées.
Le rognage consiste à préparer les deux bases du fût pour y placer les fonds. On procède d'abord à l'écabossage. A grands coups d'asse,  le tonnelier taille l'extrémité des douelles en biseau pour réaliser un chanfrein.
Quelques coups de rabots sur l'extrémité des douelles permettent de les égaliser afin de tracer le jable où vient se loger le fond. Il faut ensuite creuser le « pas d'asse », pour rendre l'intérieur du fût concave et régulier afin d'en assurer la solidité.
La confection du jable se fait avec la ruelle ou jabloir.
Un fond est composé de sept à neuf pièces qui portent des noms différents. Celles du centre sont les maîtresses pièces (de trois à cinq) ; puis viennent les aisseliers (un de chaque côté des maîtresses pièces) et finalement les chanteaux qui forment les extrémités des fonds.
Les fonds doivent être légèrement creux pour assurer l'étanchéité. Pour assembler les différentes pièces, le tonnelier place entre elles des goujons dont les trous sont percés avec une mèche. Pour assurer une étanchéité parfaite, les moindres défauts sont calfatés avec des joncs.
Avec l'aide de compas, le tonnelier trace ensuite la circonférence, coupée ensuite avec une scie à chantourner. Ensuite, l'ensemble est régularisé avec des rabots de fonds. Il convient finalement de procéder au taillage pour donner au bord une forme de biseau.
Il s'agit de la mise en place des fonds. On enduit tout d'abord le jable avec une pâte légère faite à base de farine. On retire ensuite les cercles de la première base et on place le fond à l'intérieur du fût. En renversant celui ci, on introduit le fond dans le jable en s'aidant d'un maillet ou d'un marteau. On replace ensuite les cercles.
Pour foncer la deuxième extrémité du fût, on procède de même sauf que pour tirer le fond dans le jable, on recourt à l'aide d'un tire-fond.
Ce travail consiste à remplacer les cercles de moulage par des cercles définitifs.
Finalement, le fut doit être raboté au bouge afin d'égaliser toute la surface du bois. Les chanfreins et fonds sont aussi guistrés et polis. Il faut encore vérifier que les cercles sont bien mis en place.
Le travail peut alors être signé, en principe sur les fonds en haut de la pièce maîtresse.
Dès lors, le trou de bonde peut être foré et un essai d'étanchéité est accompli.
D'après Jean Taransaud, Le livre de la tonnellerie, La Roue à Livres Diffusion, Paris, 1976
Quelques outils :
Clés de gabarit : petite pièce en bois qui sert à contrôler l'arrondi des douelles ou douves afin qu'il corresponde à la circonférence de la barrique en cours de fabrication.
Asses de rognage : sorte d'herminette arrondie, très large, à manche court. Elle sert à faire le rognage de la barrique (chanfrein et pas d'asse).
Herminette : outil du tonnelier ou du foudrier appelée aussi asse de rabattage.
Chasse : marteau typique de tonnelier.
Compas : le tonnelier les utilise pour tracer la circonférence des fonds.
Doloire : hache typique du tonnelier utilisée pour la préparation du dessus des douelles ou douves.
Guistre : grattoir du tonnelier.
Jabloir : outil ressemblant à un trusquin.
Plane : couteau à deux manches servant à parer les douelles, tailler les fonds, préparer les chevilles et les barres.
Tire-fonds : outil de tonnelier qui sert à accrocher le bord du fond alors qu'il est déjà dans la barrique et à le remonter jusque dans le jable.
Joncs pour jointage : utilisés  par le tonnelier, après l'avoir fendu en deux, pour compenser les défauts de jointage et assurer l'étanchéité absolue des fonds.
Barroir : tige en fer avec poignée, munie à son extrémité d'une vrille ou mèche avec laquelle le tonnelier fait des trous pour y loger des chevilles.

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Soleure et son hôpital étaient parmi les plus grands clients des vins de Neuchâtel. Les bateliers qui transportaient les tonneaux sur lac et rivière y arrivaient souvent dans un état d'ivresse avancé. On disait alors qu'ils avaient chargé sur Soleure !
Cette expression idiomatique locale, toujours attestée, n'a pas fait que des heureux. En effet, ces ivresses ont causé des naufrages, des morts, des réclamations de toutes sortes à tel point qu'au 16e siècle déjà, Leurs Excellences de Soleure se sont plaintes auprès de leur homologue neuchâtelois afin de faire cesse ces ivresses. Le Conseil d'Etat, dans sa sagesse toujours coutumière, se résolut à édicter une formule de serment que les bateliers devaient prononcer. Ils juraient de boire dans les tonneaux avec un fétu de paille dont la longueur était réglementée, mais surtout, à l'approche de Soleure, de ne plus remplacer le vin bu par l'eau de la rivière ! Une question de qualité !
    
Tout d'abord, il convient de rappeler que cette pièce est constituée de deux anciennes cellules. En effet, le Château de Boudry a servi durant des siècles de lieu de détention. Toutefois, lors de son retour à l'Etat en 1821, après avoir été propriété de la ville de Boudry à partir de 1752, les ministres prussiens exigèrent du Conseil d'Etat que des améliorations soient apportées aux locaux de détention. A leurs yeux, il devenait urgent de supprimer les culs-de-basse-fosse et les cages en bois qui servaient de prison. A Boudry, on enfermait les gens au fond de la tour d'angle dans un endroit appelé « croton » ou dans l'enfoncement du mur du caveau, lieu-dit la « Fromagère ».
Ils exigèrent que des cellules plus convenables soient aménagées si bien que deux cellules furent établies dans cette salle. Par les fenêtres, on remarque les barreaux qui existent encore. Le reste de plafond dit à l'italienne date de cet aménagement. Pour accéder à ces cellules, on empruntait une galerie placée derrière le restant du mur. Quant à la porte de cellule visible ici, elle a été remise à son emplacement d'origine lors du réaménagement du musée en 1989.

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Les gouaches de Joseph LANDERSET (1853-1824)

En observant bien la vue prise depuis l'est, on remarque que le village est relativement compact afin de préserver au maximum les terres agricoles et viticoles. Les vignes occupent le coteau ; quelques champs cultivés s'étalent dans la plaine ; des pacages près de la Thielle étaient utilisés l'hiver pour le bétail ; l'été, celui-ci était en estivage.
Mais ce qu'il faut relever, c'est la présence dans les vignes de nombreux arbres fruitiers. Ceux-ci appartenaient à de petits propriétaires qui n'hésitaient pas à planter des pommiers, des poiriers, voire même de noyers même si sous ceux-ci,  il ne pousse pas grand-chose. Rappelons cependant que l'huile de noix était l'huile primordiale.
On sait aussi qu'entre les ceps, qui étaient très serrés puisqu'on pouvait en compter jusqu'à 800, 1000 par ouvrier neuchâtelois de 352 m2, alors qu'aujourd'hui on en dénombre sur une même surface entre 180 et 200, on pouvait trouver des plantations de légumes tels des choux, des raves, des navets. Bref, les vignes étaient souvent de véritables jardins potagers. Toutefois, ces pratiques potagères et arboricoles étaient totalement interdites aux vignerons qui travaillaient pour des familles aristocratiques. Du reste, comme on peut le voir ici avec ces trois vignes qui à l'époque appartenaient à des familles patriciennes bernoises, celles-ci sont exemptes d'arbres. Même, entre elles, on remarque la présence de haies de buissons épineux pour empêcher quiconque, homme ou animaux, de passer d'un parchet à un autre.
Sur cette vue, on relève que le Château de Thielle était encore en terre neuchâteloise. Il ne devint bernois que lors de la première correction des eaux du Jura. A la fin du 19e siècle, celle-ci permit l'abaissement des eaux des lacs d'environ 2m70, asséchant les Grands-Marais, donnant ainsi de nombreux hectares à l'agriculture.
CRESSIER EN 1808 VU DE L'OUEST
Prise du chemin qui mène à l'église Saint Martin, cette gouache pose un regard précis sur le village, la cingle de la Thièle (sur laquelle navigue une grande barque à fond plat), l'île Saint Jean, Cerlier et le Jolimont. Sur le lac de Bienne, l'île Saint Pierre est encore une île au devant de laquelle l'artiste a placé la petite terre sur laquelle Jean-Jacques Rousseau avait tenté d'acclimater des lapins.
On remarque aussi fort bien le bourg du Landeron qui émerge au milieu des terres marécageuses, faisant pendant au bourg de La Neuveville, rappelant ainsi les rivalités qui ont opposé le prince évêque de Bâle au comte de Neuchâtel.
Sur le coteau, la propriété de Bellevue, qui fut construite par Pierre-Alexandre DuPeyrou est bien dessinée. Il en va de même de la chapelle de Combe et du Schlossberg au-dessus de la Neuveville.
On observe aussi le clocher de l'église de Nugerol qui a brûlé en 1824.
Du point de vue viticole, il faut être attentif aux arbres fruitiers qui croissaient au milieu des parchets.

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Cette petite sépia présente un pressoir traditionnel à vis centrale tel qu'il en existait dans la majorité des grandes caves où l'on vinifiait.
Entièrement en bois, la plupart du temps en noyer, ces pressoirs exigeaient des entretiens constants. Avant les vendanges, ils devaient être entièrement démontés pour être nettoyés. Ensuite, on replaçait les poutres de la table en les jointoyant avec de la poix pour des questions d'étanchéité. La vis devait être bien graissée afin de tourner aisément dans son écrou de bois.
Pour mener à bien une pressurée complète avec un tel instrument, il fallait être entre quatre et six hommes et compter en six et huit heures !
Ici, la pressée se termine ! Les hommes sont en train de débiter le marc en morceaux avec un coupe-marc.

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Cette gravure de Moritz présente une scène de vendanges croquée entre l'Hôtel de Ville et l'actuel Hôtel communal. Prise depuis le nord, elle s'ouvre sur le Bassin et la presqu'île de la Salle.
Au premier plan, sur la droite, émerge le soubassement appareillé de l'Hôtel de Ville, suivi par le bâtiment du concert, soit le théâtre, bordé côté rue par des arbres, reste d'une allée plantée antérieurement à la construction de l'Hôtel de Ville, et une rangée de bornes en roc du Jura.
De l'autre côté de la rue se dresse l'Hôtel communal, soit l'immeuble de la Chambre de Charité, construit entre 1724 et 1729. La première affectation des locaux remonte à 1732. En 1876, l'administration communale s'y installa.
A l'origine, ce bâtiment avait un jardin au nord et des murs le séparaient de la rue comme on peut encore le remarquer sur la vue de Moritz. La porte ouverte dans ce mur laisse apercevoir un pressoir.
Sur la rive du lac, l'artiste a figuré le bassin avec une grande barque à la voile typique ainsi que les peupliers et les divers bâtiments qui se dressaient sur la presqu'île de la Salle.

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FERRIER RODOLPHE INNOCENTE 1869 LE 14 O(C)TOB(RE)
HISTOIRE DE FERRIER AUGUSTE RODOL / PHE GYPSIEUR PIENTRE EN BATIMENT / DÉTENUS AUX CHATAUX DE BOUDRY / POUR AVOIR VOLER DU VIN /  AVEC JAQUES REALINI TOUS / DEUX OUVRIER GYPSEUR ET/  PIENTRE BATIMENT / ON N A FAIT JOURS / DE PREVENSION AVENT LE / JUGEMENT JUGÉ A 60 / JOURS POUR AVOIR BU 3 / BOUTEILLES
Ainsi pour avoir volé et bu l'équivalent de trois litres, ledit Ferrier a fait  en prévention avant jugement 60 jours de prison, à savoir un jour par demi-déci ! Rappelons qu'au 18e siècle, pour un vol similaire, on encourait soit la peine de mort, soit une peine de bannissement. Du reste, Jean Valjean, dans les Misérables fut condamné à quinze ans de bagne pour le vol d'un pain !

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Frédéric-William MORITZ (1783-1855)
Neuchâtel depuis le Mail

Cette aquarelle, signée et datée en bas à gauche sur le banc, présente une idyllique scène de vendanges. Un brandard portant une brande pleine de raisins rouges franchit la porte d'une vigne dans laquelle s'activent des vendangeuses. De chaque côté de la porte, le sommet mur est hérissé de tessons de bouteilles pour préserver le parchet de visiteurs indésirables. Un vendangeur échange quelques mots avec une femme; un autre foule le raisin dans une gerle avec un pilon Deux hommes chargent un char à brecet en transportant des gerles pleines à l'aide d'un ténéri. Le charretier semble partager une agape impromptue avec deux femmes assises sur l'un des bancs placés au pied des chênes. A côté d'elles, un panier d'osier contient deux bouteilles et une miche de pain.
Le temps est magnifique et tout semble respirer la quiétude.

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LA DERNIÈRE GERLE d'Alfred DUMONT (1828 -1894)
 
Cette encre évoque la tradition de la dernière gerle qui voulait que celle-ci soit amenée au pressoir en cortège où musique et danse incitaient les vendangeurs à la fête. Si tous les Nenchâtelois connaissent la Fête des vendanges, son cortège et ses mœurs bachiques, presque tous ont oublié la tradition de la dernière gerle. Une fois la récolte achevée, tous les vendangeurs se réunissaient autour du dernier char à brecets et accompagnaient le charroi jusqu'au pressoir en une farandole bruyante et spontanée.
Cette pratique souvent représentée dans les vignobles de France possédait ses variantes propres à chaque province. Claude Royer dans son ouvrage « Les vignerons: usages et mentalités des pays de vignobles». Paris : 1980, dit: «En Alsace, le cortège est animé par les facéties du Herbstschmuerel, personnage traditionnel au visage barbouillé de noir. Ailleurs un plaisantin, s'il s'en trouve, amuse par ses pitreries les membres du cortège et les spectateurs. Le cortège du dernier char de vendange était général en France jusqu'en 1914. Mais la décoration de ce char n'est attestée que dans quelques vignobles.»
Suivant le char à brecets où se reposent un vieux vendangeur bourrant sa pipe, une mère et son enfant ainsi qu'un autre vigneron, attentif à l'équilibre du tonneau millésimé 1884 sur lequel, tel un bacchus, un jeune garçon trône une coupe à la main, le cortège des vendangeurs danse au son d'un bandonéon. Le brandard marque le rythme avec son pilon, arborant fièrement une belle grappe de raisin, symbole d'une récolte bienvenue. Les vendangeuses sautillent d'allégresse, leur seillon sous le bras. Un jeune homme, hardi, profite d'embrasser tendrement une belle. Un autre brandit une longue perche décorée d'une couronne de pampre. Les enfants accompagnent le cortège.

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Dans cette vitrine, on présente quelques anciennes mesures neuchâteloises. Le pot de Neuchâtel avait une capacité de 1,92 litre.
On remarque aussi l'assortiment de mesures qui appartenait au mesureur-juré. Cet officier de l'Etat avait pour tâches, en plus de jauger tous les tonneaux et les foudres de passer quatre fois l'an dans toutes les auberges et cabarets du Pays afin de vérifier les mesures utiliser par les pintiers. Il avait ainsi passablement de travail puisqu'au début du 19e siècle, on dénombrait environ un établissement pour une cinquantaine d'habitants. Rappelons que chaque propriétaire de vigne pouvait ouvrir son cabaret en prêtant un simple serment et en suspendant une branche de sapin devant sa porte. En ville de Neuchâtel, au début du 19e siècle, dans une petite rue, la rue Fleury, on dénombrait onze pintes.
On appelle « rat de cave » le chandelier caractéristique que les vignerons utilisaient dans leurs celliers au moment des fermentations après les vendanges. Faire brûler une bougie leur permettait de mesurer la teneur en oxygène contenue dans ces locaux. Dès que les bougies s'éteignaient, il fallait sortir immédiatement afin d'éviter de respirer du monoxyde de carbone, gaz mortel et inodore dégagé au cours de la fermentation.
On appelle aussi «rat de cave» le représentant de l'Etat chargé de contrôler le contenu des caves en vue des taxations.

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Celui placé à la pointe est un manuscrit du dernier tiers du 18e siècle rédigé par un habitant d'Auvernier. C'est le plus ancien traité sur la vigne conservé en terre neuchâteloise. Sa lecture est fort intéressante car elle permet de comprendre quelles étaient les techniques de culture en usage à l'époque et comment il était envisageable de les améliorer. Ceci montre bien que l'auteur anonyme de ce traité était au courant des textes des physiocrates et qu'il cherchait toutes les moyens possibles pour améliorer la culture.
Deux autres manuscrits permettent de connaître le rendement du vignoble du côté de Cressier pour la fin du 18e et le début du 19e siècle. Ces livres furent tenus par César d'Ivernois, qui était receveur de la dîme pour Cressier. Leur rigueur et leur précision permettent d'estimer le rendement viticole de ces époques, montrant que les vignerons d'alors avaient tendance à privilégier la production au détriment de la qualité. Du reste, la plupart d'entre eux étaient payés à la quantité. La notion de qualité de la vendange n'a été prise en compte dans le vignoble neuchâtelois qu'au cours de la Deuxième Guerre mondiale !

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Emblèmes de gardes-vignes. Pour la vigne, le brévard est un garde-vigne qui est établi par un Conseil et auquel l'officier du seigneur fait prêter le serment de veiller sur les biens  dont la surveillance lui est confiée. A Neuchâtel, les deux officiers brévards étaient des membres des Conseils de Ville. Quant aux autres simples brévards, ils étaient désignés parmi les habitants du lieu. Usuellement, ils entraient en fonction durant le mois d'août et leur office se terminait après les vendanges.
    

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L'Etat était chargé de vérifier les récipients utilisés. Pour ce faire, il nommait un mesureur-juré qui était détenteur des étalons officiels. Celui-ci devait procéder à l'étalonnage de tous les instruments vinaires. Cela allait du pot et ses dérivés, aux gerles et aux tonneaux.
Il avait à sa disposition toute une série d'instruments dûment étalonnés et des marques à feu pour authentifier son travail.
    

LA PARTIE ETHNO

    

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1.- la taille : en février, les vignerons allaient « puer à la vigne ».
2.- le premier labour ou le fossurage du croc : le retour du printemps.
3.- l'échalassement grâce au piochard : à effectuer juste après les provignages mais avant le 15 juin.
4.- le binage : quand le hêtre verdit au sommet du Jura, soit le second labour avec le rablet.
5.- l'ébourgeonnement : retrancher les jets superflus, soit une sorte d'effeuillage.
6.- le relevage ou attache : assujettir le cep à l'échalas avec de la paille de seigle
7.- le rebinage ou fossurage de la troisième : un léger labour au début de juillet
8.- un sarclage et effeuillage léger : travail facultatif de fin juillet

Avec août, le vigneron tâcheron rendait les clés des vignes au propriétaire. Son travail était achevé. Dès lors, la nature seule menait à terme la maturité du raisin.
Avec septembre, pour protéger les vignes des maraudeurs ou de vendanges avant la levée du ban, des brévards ou gardes-vignes étaient engagés. Ils restaient en fonction jusqu'au début des vendanges qui ensuite se déroulaient selon un ordre prescrit par les autorités.
Toutes les saisons que les vignerons devaient accomplir étaient fixées par les Conseils. Le crieur public les annonçait le dimanche à la sortie du culte. Ceux qui ne respectaient pas ces prescription encouraient des amendes, des peines de prison et, dans les cas graves, pour les vignerons étrangers, le bannissement du pays !
Avec le 19e siècle, tout change avec l'apparition des maladies nouvelles, surtout avec l'attaque du phylloxéra qui entraîna la suppression du provignage et l'emploi de plants greffés.
Avec la reconstitution du vignoble, les vignes prennent l'aspect que nous leur connaissons aujourd'hui, bien ordonnées, bien alignées, permettant l'usage des charrues, de la mécanisation. Elles perdent leur aspect serré, pêle-mêle où les plants de blanc côtoyaient ceux de rouge.

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L'arrache-échalas est un petit outil composé d'un manche en bois et d'un fer plié en « S ». Il  facilitait l'extirpation des échalas après vendanges. Dans le Pays de Neuchâtel, on retirait systématiquement tous les échalas qu l'on posait ensuite à même le sol en «chevalée». On ne laissait des tuteurs qu'aux jeunes provins ou aux ceps un peu fragiles.

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Après des ravines, le vigneron opérait des portages de terre. Il employait alors un objet en bois aux longs manches qu'il portait sur ses épaules. De profil, le tout ressemblait à une tête d'oiseau.
Le piochard à manche court est un outil formé d'un fer à lame oblongue et retourné sur le manche. Il  permettait aux vignerons de buter avant l'hiver les ceps pour les protéger du gel. Petit instrument de labour, il servait avant tout pour des travaux de finition comme boucher les trous laissés après l'enlèvement des échalas, ceci pour empêcher l'eau d'y entrer et geler en hiver.

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Produite artisanalement, la hotte en épicéa et osier tressé était souvent remise en cadeau aux vignerons inscrits dans les Compagnies villageoises de vignerons. Elle leur permettait d'emporter à la vigne tout le matériel nécessaire à la culture, leur casse-croûte compris. Dans l'imagerie traditionnelle, le vigneron porte généralement une hotte sur le dos.

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Tailler la vigne, c'est retrancher en entier tous les sarments superflus et raccourcir les autres.
On nomme corne ce qui reste des sarments raccourcis.
Il reste aux cornes de gros boutons et un petit que l'on nommé borgne.
La nature du plant et le terroir décide du nombre de gros boutons qu'on doit laisser.
Laissée au repos après la vendange, déséchalassée, la vigne est taillée dans le courant de février, autrefois avec le corbet, aujourd'hui avec un sécateur.
De la taille va dépendre la prochaine récolte.

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Ce sont de petites serpettes avec des lames en forme de croissant utilisées pour tailler et vendanger les vignes. Il était interdit aux vignerons qui ne se rendaient expressément à la vigne d'avoir leur corbet avec eux, suite à de nombreuses rixes survenues dans des cabarets. De même, il leur était interdit d'aller culte avec leur corbet !

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Dès la seconde moitié du 19e siècle, ces outils ont peu à peu remplacés les corbets. L'ensemble présenté montre l'évolution de cet outil jusqu'au modèle pneumatique d'aujourd'hui.

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Chevalet ou banc étroit muni d'une sorte de gros étau ou valet de bois où l'on s'assied à califourchon pour façonner avec une plane les échalas durant l'hiver.
Usuellement, on piquait en terre les échalas après le premier labour : il faut pour un ouvrier de vigne de 352 m2, dont les ceps sont plantés à un pied et demi les uns des autres, entre 7 et 800 échalas : après les vendanges on doit déchalasser les vignes, et mettre les échalas en chevalée à même la terre.
Les bons échalas sont ceux de quartier : on les fait de bois de fente de chêne, depuis trois pieds jusqu'à quinze.

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Trois labours étaient nécessaires. Le premier fait dans le courant de mars était le plus important. Avec le croc à deux ou trois berles, on retournait la terre sur plus de vingt centimètres. Les deux autres empêchaient que les plantes tapissent le sol. La fierté du vigneron résidait dans un parchet vierge de toutes mauvaises herbes.
Le croc : houe ou pioche à droit dents dites berles, autrefois deux, employé principalement pour le premier labour de la vigne. Par rapport au fossoir, le croc a des dents plus larges et moins  longues.
Le fossoir : pioche, grande houe à deux pointes ou berles employée principalement premier labour.
Le rablet : houe à fer large pour biner la vigne utilisée pour le deuxième ou troisième labour.

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Char traditionnel de vendanges sur lequel il était possible de place six et douze gerles. Le brecet à vendange a des rainures pour retenir les gerles. Ici, il s'agit d'un petit modèle.

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Dans le pays de Neuchâtel, la dîme se prélevait normalement en nature en temps de vendanges à raison d'une gerle sur onze ou d'une gerle sur dix-sept pour certains quartiers. Pour d'autres régions, on récoltait la dîme à la conscience. Là, les dîmeurs se faisaient payer en argent en vertu de déclarations solennelles.
Pour prélever leur dû, les dîmeurs avaient à disposition des récipients particuliers qui leur permettaient de prendre la quote-part dévolue à l'impôt, tel celui présenté.

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La pyrale (Sparganothis pilleriana) est l'un des parasites les plus anciennement connus. Papillon d'environ 15 millimètres, cet insecte apparaît au mois de juillet ; il s'accouple et la femelle pond sur les feuilles une centaine d'œufs  qui, dix jours après, éclosent et donnent naissance à de petites chenilles vertes à tête noire. Celles-ci causent peu de dégâts en automne.
Ces chenilles passent l'hiver dans les fentes des échalas et sous l'écorce des ceps. Elles en sortent au printemps et se portent sur les bourgeons, les feuilles et les jeunes grappes dont elles se nourrissent. Elles causent ainsi de grands dégâts. Certaines années en Bourgogne, la pyrale pouvait faire perdre jusqu'au tiers de la récolte !
Vers la fin de juin et au commencement de juillet, la chenille se transforme en chrysalide d'où sort un nouveau papillon.
A Neuchâtel, la pyrale n'a jamais causé des dégâts appréciables. Pour compter les insectes, on a inventé des pièges qui permettaient de les dénombrer.

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Le 19e siècle est synonyme de fléaux pour la vigne :
Oïdium, mildiou, phylloxéra, black-rot vont bouleverser la culture traditionnelle.
Les deux premiers ont nécessité des soufrages et des sulfatages, et conduit à l'invention de soufreuses et de sulfateuses qui, de manuelles à l'origine, sont aujourd'hui à pression et à moteur, voire même adaptées à l'hélicoptère.
Quant au phylloxéra, après plusieurs vaines tentatives de lutte par divers moyens chimiques, il a nécessité le renouvellement complet des vignobles d'Europe et l'abandon des techniques du provignage ou du marcottage au profit de poudrettes, jeunes plants indigènes greffés sur des porte-greffes d'origine américaine résistant aux piqûres du puceron.

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Avec l'apparition de nouveaux fléaux tels l'oïdium et le mildiou, il a fallu inventer toute une série de sulfateuses et de soufreuses. Des premiers modèles en bois à ceux en cuivre et  en laiton, que de perfectionnements ont été réalisés.
Aujourd'hui, on recourt à des machines à moteur, voire à l'utilisation de l'hélicoptère.

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Importé d'Amérique, le phylloxera (Phylloxera vastatrix) a été découvert pour la première fois en France en 1863. La présence du terrible ravageur fut constatée dans le canton de Neuchâtel en 1877, mais des mesures énergiques retardèrent l'invasion phylloxérique.
Le développement du phylloxera comprend les phases suivantes. Pendant les mois de juin, juillet et août apparaît une génération d'insectes munis d'ailes. Ceux-ci produisent sans accouplement des œufs qu'ils pondent à la face inférieure des feuilles. Ces œufs sont de deux grandeurs différentes; les petits donnent naissance à des males et les gros à des femelles. Au bout de peu de temps, ces œufs éclosent et l'on a une nouvelle génération de pucerons, non pourvus d'ailes dans lesquels se trouvent des males et des femelles: ce sont les sexués. Ces pucerons petits, et dont l'estomac est impropre à recevoir de la nourriture, s'accouplent; la femelle pond un seul œuf et les sexués meurent. Cet œuf, appelé œuf d'hiver, est pondu sous l'écorce ou dans une fente d'échalas. Au printemps, il éclôt et donne naissance à une nouvelle catégorie de pucerons non sexués.
Lorsque la vigne attaquée par le phylloxera est plantée en plants non résistants, le puceron descend sur les racines de la plante qu'il pique au moyen de son suçoir et sur lesquelles il provoque des boursouflures. Ces pucerons sont des radicicoles; ils muent trois fois et pondent ensuite sans accouplement.
Sur les ceps résistants, les pucerons provenant de l'œuf d'hiver attaquent de préférence les feuilles qu'ils piquent sur la face supérieure. cette piqûre produit sous la feuille une galle dans laquelle le parasite s'enferme et pond ses oeufs, delà le nom de gallicicoles.
Les radicicoles et les gallicicoles proviennent les uns et les autres de l'œuf d'hiver ; ils se reproduisent de la même manière et pondent sans accouplement, après trois mues, de 5 à 600 œufs, qui éclosent, donnent naissance à de nouveaux radicicoles ou gallicicoles. Pendant l'hiver, les pucerons se cachent dans les anfractuosités des grosses racines pour reprendre leur activité au printemps.
Afin d'assurer la conservation de l'espèce, il faut qu'il y ait de temps en temps des générations sexuées. Pour cela, chaque année vers le milieu de l'été, un certain nombre de radicicoles subissent cinq mues au lieu de trois. A la cinquième apparaît un puceron ailé qui produira les nouveaux sexués et ainsi de suite.
Tous les plants de vigne du type "vinifera" peuvent être détruits par le phylloxera radicicole tandis qu'un certain nombre de cépages américains résistent à la piqûre de l'insecte. C'est la présence d'une paire de chromosomes supplémentaire ou selon d'autres auteurs d'un  gène spécifique qui assure la résistance.

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Cette reconstitution met en scène un cep provigné que l'on traite avec un pal phylloxérique. Avec les attaques de ce puceron, il a fallu abandonner la reconstitution des vignes par provignage ou marcottage au profit de plantations faites avec des plants greffés sur des porte-greffes d'origine américaine résistant aux piqûres du parasite.
Les deux bocaux montrent des racines d'un cep européen attaquées par le phylloxéra et des feuilles d'un cep américain avec des galles.

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La vendange clôt le cycle des saisons de la vigne. Après la levée du ban par le représentant du seigneur, les vendangeurs commencent la récolte, quartiers par quartiers. Ils sont suivis par les dîmeurs qui prélèvent la part revenant au prince.
Dès que tout est terminé, les vignes sont ouvertes au grappillage.
Foulé à la vigne, le raisin en gerles est conduit au pressoir sur des chars à brecets.  Là, il est pressuré avant d'être entonné.
Dès lors, le vigneron mérite le solde de son salaire au prorata de la récolte encavée. Pour en obtenir le versement en argent, il lui faut attendre que les autorités du Pays aient fixé dans le courant de décembre le prix officiel du vin (la Vente), sur lequel toutes les transactions viticoles du pays sont fondées.

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Machine de la fin du 19e siècle permettant de placer autour du goulot des bouteilles des capsules en étain pour protéger les bouchons.

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Petits pressoirs à cliquets.

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Machine permettant de remplir de vin les bouteilles.

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Comme on avait l'habitude de réutiliser les bouteilles, il convenait de bien les laver avant leur remplissage.

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Ensemble de bouchonneuses en bois manuelles de la fin du 19e siècle.
    

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Léon PERRIN (1886-1978)
SCÈNES DE VENDANGES A LA BÉROCHE

Cet ensemble d'aquarelles appartient à une série d'études que Léon Perrin a faites alors qu'il séjournait à Sauges chez le poète Pierrehumbert.
Elles permettent de saisir des moments de vendanges, montrant tant le travail des vendangeuses que des vendangeurs, celui des brandards, la manière dont on triait le raisin avant qu'il ne soit foulé dans les gerles, les chevaux servant au charriage du raisin, attelés qu'ils étaient aux chars à brecets ou aux bossettes servant au transport du vin. Une autre aquarelle évoque l'atmosphère des caves en temps de vendanges, au moment où les tonneaux étaient remplis.
On doit à cet artiste la statue du moine défricheur qui se trouve à l'extérieur du château dans la vigne. Celle-ci symbolise l'ancienne croyance qui voulait que la vigne ait été plantée dans le pays par les moines.

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Ensemble de publicités de maisons de vins de Neuchâtel avec en particulier une gouache originale d'Edmond Bille pour la maison Perrier.

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Sculpture en bois peint et doré du 18e siècle, cet emblème reprend l'aigle prussienne, évoquant ainsi le souvenir des rois de Prusse qui ont été suzerains de la principauté de Neuchâtel de 1707 à 1848, exception faite pour les années 1806 à 1814.
    

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Le Musée possède plus de 2500 étiquettes neuchâteloises qui sont consultables sur un ordinateur dans la première salle du 1er étage. Dans cette salle, quelques exemplaires représentatifs des communes viticoles sont exposés.

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Parmi les années exceptionnelles que la viticulture du 19e siècle a connues, il en est une qui fut unanimement reconnue à travers tous les vignobles d'Europe comme la plus fameuse, c'est 1834. En Champagne, les vins de cette année furent millésimés; dans les vignobles allemands, de nombreuses étiquettes furent imprimées; il en fut de même en Suisse. A Neuchâtel, on vendangea le 24 septembre et la récolte fut qualifiée d'excellente et d'abondante; les vins rouges étaient parfaits. Auguste L'Hardy, d'Auvernier, la commente ainsi: «En 1834, la récolte des vignes a été très abondante, surtout dans les terres logères & dans les vignes tardives & élevées des Villaret, Creux de Boudry, & ca... Les bonnes vignes dans les fortes terres du bas nont pas donné dans la proportion des terres légères. Il y a plusieurs vignes de très bas prix de 5, 6 ou 7 Louis l'ouvrier de 342 mètres carré, qui on rapporté en 1834, le 25% d'autres le 50%, d'autres le 75% de leur capital; mais cela arrive très rarement & de mémoire d'homme on n'a fait une récolte aussi abondante. Il y a du vin & du vin...»
Pourtant l'étiquette que nous conservons pour le vignoble neuchâtelois et qui annonce fièrement ce millésime na pas été dessinée en 1835 mais après 1848, comme la présence des armes de la République et Canton de Neuchâtel l'atteste.

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Il s'agit de celle qui fut utilisée par le Dr Henry-Louis Otz. Ce médecin, né en 1785 et décédé en 1861, appartenait à une famille originaire d'Ober-Balm établie à Cortaillod au milieu du 17e siècle. Parallèlement à la pratique de la médecine, qui s'exerçait chez eux de père en fils, les Otz avaient acquis à Cortaillod un important domaine viticole dont ils commercialisèrent les produits. Et, pour les vins rouges qu'ils vinifiaient, ils utilisèrent, dès les années 1820, une étiquette particulière.
Gravée sur bois en planche de huit exemplaires et tirée sur des feuilles qu'il fallait découper avant de pouvoir les utiliser, sans doute par un ouvrier travaillant dans une des fabriques d'indiennes de Cortaillod, cette étiquette présente de petites différences entre les spécimens d'une même planche, dues à la répétition de la gravure.
L'intérêt de cette étiquette réside principalement dans l'image quelle présente. A l'instar de la mode mise en place par les védutistes suisses, elle offre un regard topographique sur Cortaillod.

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Dans le canton de Neuchâtel, pour le millésime 1861, Louis Bovet, propriétaire encaveur à Areuse, fit imprimer une étiquette particulière portant la mention "Oeil de Perdrix". Sans que l'on sache si celle-ci est la plus ancienne ou la première qui atteste de la différence que les viticulteurs faisaient entre leurs vins rouges, elle prouve en tout cas que la tradition de l'oeil de perdrix en pays de Neuchâtel n'est pas récente et qu'elle remonte à des temps immémoriaux, comme les amis de Rousseau nous le prouvent.
L'oeil de perdrix n'est pas qu'une petite tumeur douloureuse de l'orteil, c'est avant tout en Suisse l'extraordinaire vin de Neuchâtel tiré d'un pinot noir légèrement cuvé qui faisait dire au comte d'Escherny dans une lettre à Jean-Jacques Rousseau: "Les vins de Cortaillod, dans les bonnes années sont aussi bons que les meilleurs vins de Bourgogne."
Aujourd'hui, cette remarque paraît totalement déplacée et quiconque de quelque peu sensé n'oserait une telle comparaison.
Au 18e siècle pourtant, cette assertion était tout à fait plausible. En deux cents ans, l'art de la vinification a fait des progrès considérables et les goûts ont évolué. A l'époque, les Pommard et les Volnay n'étaient que légèrement teintés et fort légers à l'instar des vins rouges de Neuchâtel. Et comme les uns et les autres proviennent de pinot noir, la confrontation se comprenait et se justifiait!
En Bourgogne comme en Champagne, ainsi que l'attestent quelques anciennes étiquettes, le nom "oeil-de-perdrix" fut utilisé au 19e siècle pour présenter des vins rosés ou clairets, soit des rouges peu ou pas cuvés, voire des rouges mêlés de pinot blanc, comme le dit Pigerolle de Montjeu. De plus, dans certains encavages bourguignons, lors du pressurage, on alternait sur la table du pressoir des lits de paille et des lits de raisin, de peur que le vin ne soit encore trop rouge.
En Bourgogne donc, pour obtenir cet oeil-de-perdrix, on assemblait généralement moût de rouge et moût de blanc alors que dans le canton de Neuchâtel, on n'emploie que du pinot noir sans cuvage. On appelait aussi autrefois ce vin "blanc de rouge".
L'oeil-de-perdrix, avant de prendre une majuscule et ses lettres de noblesse en terre neuchâteloise, est un vin qui de rose à ses débuts, acquiert avec le temps une nuance plus sombre - l'oeil de la perdrix - puis, en vieillissant davantage un ton mordoré qui rappelle certains muscats.

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Au cours du 19e siècle, avec le développement des moyens de transport, des encavages se lancèrent dans des exportations de vins à travers le monde, principalement en direction des Amériques.
Par exemple, une lettre datée du 11 avril 1850 de Mexico d'un certain C. A. Fornachon dit qu'on ne connaît là «que les vins de Bordeaux et d'Espagne, qui sont dans ce moment très bon marché, ceux de Neuchâtel n'étant pas très spiritueux arriveraient piqués & outre qu'ils ne se vendraient pas parce qu'ils ne sont pas connus, ils reviendraient à des prix très élevés, pouvant ainsi nullement soutenir la concurrence de ceux de Bordeaux qui laissent aujourd'hui une grande perte en raison de leur abondance. J'attends sous peu pour mon usage une caisse de vin blanc et rouge de Cortaillod 1846 que je verrai arriver avec plaisir en bon état, mais je n'y compte guère, les vins de bourgogne sont aussi très susceptible de se piquer, c'est pourquoi on a renoncé à en faire venir».
Cette lettre prouve simplement que des négociants souhaitaient alors mettre en place un commerce d'exportation pour les vins neuchâtelois. Une autre lettre envoyée de Cincinnati, du 25 octobre 1872, propose à 1'encavage de Bellevaux de Neuchâtel de tenter une commercialisation de vins vers les USA.
Ces deux exemples attestent de la diffusion des vins de Neuchâtel à travers le monde. Il faut dire que les blancs supportaient mieux les voyages que les rouges, grâce à leur caractère carbonique naturel.
S'il est difficile d'estimer la quantité de bouteilles qui partirent alors outre-mer, il convient cependant de présenter une étiquette qui témoigne de ces exportations. Celle-ci porte un nom de fantaisie: «Calame Tuillière & Cie»; un toponyme de Cortaillod: «CRATALUP»; le pays «SUIZA» et la raison sociale du négociant: «MARCHAND & SANDOZ» au-dessus de laquelle on lit: «Solos ajentes en Colombia» et en dessous: «BOGOTA». Cette étiquette couvrait en réalité des bouteilles qui provenaient de l'encavage Porret de Cortaillod et qui furent dégustées en 1887 lors de l'inauguration  d'un tronçon du canal de Panama!
    

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LA CITERNE

Dans cette ancienne citerne du château sont présentés les cépages actuellement cultivés dans le canton de Neuchâtel.
Cette pièce abrite un pressoir depuis la fin du 15e siècle comme les textes nous l'apprennent. Toutefois, celui présenté ici ne se trouvait pas à Boudry. Il provient de la maison du Tilleul de Saint Blaise et date du premier tiers du 18e  siècle.
C'est au pressoir que des fêtes spontanées avaient lieu. Il faut dire que les pressureurs travaillaient souvent vingt-quatre heures sur vingt-quatre durant les deux à trois semaines que duraient les vendanges. La capacité des pressoirs n'était pas celle de ceux d'aujourd'hui et le temps nécessaire pour mener à bien le pressurage d'une vingtaine de gerles oscillait entre six et huit heures, tout en exigeant la présence de quatre à six hommes qui se relayaient sans cesse autour de la palanche à actionner. Et comme les pressoirs en bois à vis centrale n'avaient pas de cliquets, il était nécessaire après chaque quart de tour de sortir la palanche de l'écrou pour la placer dans le trou suivant. Et comme celle-ci pesait souvent entre cent et cent vingt kilos, l'opération devenait vite fastidieuse et pénible.
Après avoir abaissé une première fois l'entier de la vis, il était nécessaire de préparer le pressoir pour une deuxième pressurée. Avant de démonter la pyramide des marcs qui exerçaient leur pression sur l'ivrogne, soit les planches posées à même le raisin, il fallait remonter précautionneusement la vis dans l'écrou, en prenant toujours soin de bien la graisser. On dégageait ensuite la poutre transversale sur laquelle l'écrou de la vis repose et qui est guidé par des rainures inscrites dans les montants latéraux du bâti du pressoir. Les marcs étaient mis sur le côté et les planches de l'ivrogne posées au-dessus d'une cuve afin de récolter les gouttes qui en dégoulinaient.  Avec des coupe-marcs, il convenait d'aérer la masse compacte de la rafle. Ensuite, on remontait le tout pour recommencer une pressurée qui donnait le vin de deuxième goutte. Pour totalement assécher la rafle, il fallait répéter ces opérations quatre à cinq fois.
Tous ces gestes prenaient du temps et l'on comprend pourquoi les pressureurs travaillaient sans discontinuité car le raisin cueilli ne pouvait pas trop attendre avant d'être envoyé sur le pressoir.  C'est la raison pour laquelle, il n'était point rare de trouver dans quelques caves, deux, trois ou quatre pressoirs les uns à côté des autres afin que le travail ne prenne pas trop de retard.
Autrefois en ville de Neuchâtel, dans la plupart des maisons qui forment aujourd'hui le centre de la ville, il y avait des pressoirs si bien que durant les vendanges, les gens pouvaient ainsi passer de cave en cave pour aller soutenir le moral de ceux qui « treuillaient », soit qui actionnaient ces sortes de tourniquets qui facilitaient le maniement des palanches.
Ainsi, dans ces caves, on chantait, dansait, buvait un verre de moût. Plus les récoltes étaient abondantes, plus l'allégresse était grande.

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LES PEINTURES DÉCORATIVES DE LA CAVE NEUCHÂTELOISE DU COMPTOIR SUISSE DE LAUSANNE

Eric de Coulon a été mandaté par la Compagnie des propriétaires encaveurs au début des années 40 pour peindre quatre grandes toiles afin de décorer le local que cette Compagnie exploitait dans l'enceinte du Comptoir suisse à Beaulieu.
Il a donc réalisé quatre scènes qui figurent des moments dans le travail de vigne, choisissant pour décor divers lieux du canton. Ainsi le brandard a pour arrière-plan le château de Neuchâtel. La scène de labours est située le long de la route des Clos entre Neuchâtel et Auvernier, dont le port et ses cabanes sont nettement reconnaissables ; il en va de même pour le Trou de Bourgogne. La mise en place des échalas et l'apparition des premières feuilles ont pour cadre Saint-Blaise dont le clocher de l'église est bien présent. Quant aux vendanges, elles se déroulent à La Béroche et elles permettent de saisir la vue que l'on y a en direction de l'est, mettant en évidence les rives du lac.
Ces peintures sont représentatives du style de celui qui s'est surtout fait un nom comme affichiste ; elles sont peintes avec hardiesse et spontanéité.

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Des machines manuelles  à ces premières étiqueteuses, les besoins d'identification des vins ont contraint les propriétaires à marquer leurs bouteilles en y apposant des étiquettes spécifiques.

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Le pressoir traditionnel dans le Pays de Neuchâtel était un pressoir de type romain, à vis centrale en bois insérée dans une poutre placée au-dessus de la table et tenue par de solides montants. Généralement, ces pressoirs étaient fabriqués avec du noyer, voire du chêne. Dans certaines grandes caves, on en trouvait souvent plusieurs placés les uns à côté des autres. Ces pressoirs demandaient des frais d'entretien conséquents. Le présent exemplaire date des 1731.
Ses éléments constitutifs sont :
La vis : pièce en bois puis ensuite en métal qui permet l'abaissement de l'écrou
L'écrou : pièce en bois, ferrée et percée en hélice, qui presse sur les autres pièces du pressoir; dans les anciens pressoirs,  longue pièce de bois, aussi percée en hélice, reliant le haut des colonnes, fabriqué souvent en noyer.
Les marcs : poutrelles ou poutres que l'on pose sur la planche du pressoir ; « les marcs pressent l'ivrogne et sont pressés par les poissons et par l'écrou. »
L'ivrogne : plateau carré ou rond partagé en deux moitiés placé immédiatement sur la vendange à pressurer et s'emboîtant dans la caisse ou cage du pressoir.
La cage : éléments en bois qui permettent le chargement du raisin foulé sur le pressoir.
La table : surface en bois qui supporte la cage.
La palanche : perche de hêtre ou barre de fer, qui s'adapte à« l'écrou» du pressoir ou à la tête de la vis; elle est actionnée soit avec les bras, soit par un treuil et une corde.
Le pansard : gros treuil vertical de l'ancien pressoir, mu par l'action de leviers horizontaux dits« palanchons » et sur lequel s'enroule la corde attachée à la «palanche».

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Le tracasset : char à moteur permettant au vigneron d'aller à la vigne en emportant du matériel.

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L'alambic : utile prioritairement pour la distillation du marc.

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Collection de robinets de vase en bois ou en laiton afin de soutirer les vins des tonneaux.

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Le matériel de louverne : système qui permettait de monter dans les greniers le matériel vinaire après les vendanges ou tout ce qu'il fallait conserver sous les toits.
    

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Le Musée possède deux machines pour étamper les bouchons et une très importante collection de marques à feu romandes d'étampes de bouchons ; c'est en chauffant ces pièces et en faisant rouler les bouchons sur elles que ces derniers étaient marqués au feu.

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Edouard JEANMAIRE (1847-1916)
LA FÊTE FÉDÉRALE D'AGRICULTURE DE NEUCHÂTEL

Ce tableau symbolique, réalisé en 1887 à l'occasion de la Fête fédérale d'agriculture  qui s'est tenue à Neuchâtel, est une sorte de vitrine des produits du terroir de l'époque.
Baignée par le soleil levant, la ville s'éveille au chant du coq, se découpant sur le lac.
Au premier plan, l'artiste a figuré tous les produits qui faisaient la réputation du pays, allant des fromages aux fruits et légumes, montrant miel et vin.
Entre montagnes et vignobles, il a voulu réunir tous les ingrédients qui faisaient et font la richesse et la diversité du terroir neuchâtelois.

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Peint en 1915 dans un style nettement plus décoratif, dans l'esprit d'Hodler, ce triptyque a perdu le naturalisme présent sur les deux précédents.
Malgré une unité toute relative, il montre trois moments de la vigne : à gauche des labours avec le croc, au centre les nouvelles plantations et à droite le portage de terre à l'aide d'oiseaux.
Le tout est traité davantage dans un esprit de décoration que dans une volonté de représenter dans la précision des travaux vignerons.

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LE DEUXIÈME TRIPTYQUE DE GUSTAVE JEANNERET

Ce deuxième triptyque  est sans doute le plus élaboré, en tout cas au niveau de son unité picturale puisque son arrière-plan donne une vision unifiée de l'environnement viticole du village de Cressier, même si trois moments distincts de la vigne sont peints.
L'aile de gauche présente une scène de provignage, soit le moment où le vigneron s'occupe du renouvellement des plants du parchet comme cela se pratiquait avant l'apparition du phylloxéra. Durant la belle saison, celui-ci marquait les ceps qui lui semblaient les plus vigoureux et les plus productifs ou les meilleurs qualitativement parlant. Durant le mois de mars, voire en février déjà, il creusait à la base de ceux-ci un trou appelé « fosse » au fond duquel il répandait un peu de fumier. En suite, il couchait dans ce trou le cep choisi en prenant soin de laisser ressortir de terre un, deux ou trois sarments, qui donnaient naissance ensuite à de nouveaux plants. Ce provignage ou marcottage permettait ainsi de renouveler les vignes.
La scène centrale offre une scène de labours du croc, voire de creusage de séseau, soit le fossé créé en bas des parchets pour recueillir les terres des ravines. Les hommes ainsi que les femmes maniaient pour ce faire des fossoirs à deux berles, labourant la terre sur une profondeur d'environ 20 à 30 centimètres, en prenant soin de ne pas abîmer les racines mères.
Ce travail pénible s'effectuait en févier au début de mars. On relève aussi ici une femme en train d'apporter à manger aux vignerons.
L'aile de droite montre comment on remettait les échalas lorsque les premières feuilles apparaissaient. En effet, l'habitude voulait que ceux-ci soient retirés de terre peu après les vendanges et qu'ils soient couchés à même le sol, placés en chevalée, tout au long de l'hiver. Leur présence aurait empêché les labours, étant donné que les ceps étaient fort serrés les uns contre les autres. En fait, on ne laissait des échalas qu'aux provins, raison pour laquelle il est possible d'en voir quelques uns sur la partie centrale.

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La grande colombe : grand rabot renversé en forme de banc incliné sur lequel le tonnelier passe le champ de la douelle pour la rendre droite et lisse.

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C'est le char traditionnel utilisé en temps de vendanges pour amener des parchets au pressoir les gerles pleines de raisin foulé.

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Ensemble de bouchonneuses en fer de la fin du 19e siècle et du 20e siècle

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L'Hôtel du Raisin se trouvait à Neuchâtel en face du Temple du Bas. A proximité, à la ruelle Dublé, il y avait La Gerle.

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Tracouler le vendange, c'est la mettre foulée, avant le pressurage, soit dans une cuve en laissant le moût s'écouler par un robinet, soit dans la« caisse » du pressoir d'où le moût coule par dessous et par un orifice à travers un filtre grossier. La présente pièce en cuivre permettant aussi de chauffer les moûts afin de favoriser la fermentation.

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Avec l'évolution des techniques, on a utilisé des machines électriques comme celles-ci afin de poser sur les bouteilles des capsules en étain.