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LA VIGNE SELON MOSCATELLI


Ivan Moscatelli est un phénomène dans le monde l’art et plus particulièrement dans le landernau neuchâtelois. Atypique, dérangeant, hors-norme, le nombre invraisemblable d’adjectifs qui pourraient le qualifier est tel que ses admirateurs ou ses détracteurs s’y perdent !

 

Ivan est né dans le Piémont, patrie de cette « race alpine » têtue et obstinée qui ne renonce jamais quand une idée s’insère dans son esprit. Italien certes, Toscan par son père, Vénitien par sa mère, mais baigné par l’esprit de cette vallée qui s’ouvre depuis le versant sud du Mont-Rose vers la plaine lombarde, ce Val Sesia, dont sont partis dès la fin du XVIIIe siècle bon nombre de personnes venues s’établir en autre à Neuchâtel. Lui a quitté cette vallée en1959 et, en plus de cinquante ans, il a eu le temps de s’imprégner de la mentalité neuchâteloise. Formé au métier de boulanger-pâtissier, il sait aujourd’hui pétrir les formes et les âmes. Sa force de caractère, sa vitalité, son exubérance même le poussent continuellement à s’exprimer dans plusieurs médias.Cependant, il a privilégié la peinture, poussant à l’extrême les moyens d’expression qui sont les siens. De l’abstraction au figuratif, du monochrome à l’hyperréalisme, il surprend et énerve mais, comme le dit Jean-Pierre Jelmini dans l’article qu’il lui consacre dans son ouvrage sur le Millénaire de la ville[1] : « Il est toujours en avance d’une idée. »

 

Face à un certain conformisme ambiant qui supporte mal les gens qui font preuve d’inventivité.Moscatelli dérange, surtout quand il s’adonne à ses nouvelles séries de toiles figuratives, prenant dès lors pour sujets des thématiques comme San Francisco, On the road ou la traversée de Neuchâtel, Toscane, Venise retrouvée, Jardin anglais,  Wavre un havre de paix, ou plus récemment encore Tropical BD. Moscatelli recourt aux nouvelles technologies ; il cherche d’abord par la photographie numérique à saisir des atmosphères aimées puis ensuite, grâce à l’informatique,il peut peindre avec virtuosité les paysages transposés sur toile. En pratiquant ainsi, Moscatelli réinvente la peinture figurative ; il la conçoit avec son siècle comme certains maîtres du XIXe le faisaient en s’appuyant sur des clichés de verre. Gustave Jeanneret ne rechignait pas à recourir à des photographies pour construire certains de ses tableaux. Après ce travail préparatoire informatisé, Moscatelli peut prioritairement se faire plaisir, sourire en retrouvant et en aménageant mentalement, grâce aux couleurs et teintes choisies, les lieux et les sites évocateurs qu’il a dûment sélectionnés. Il travaille alors tel l’artisan,voire le tâcheron, cherchant la virtuosité et la maîtrise technique avec abnégation, sans prétention. Méticuleusement, assis face à la toile, dans une propreté digne d’une salle blanche, il applique ses coups de pinceaux, ses touches de spatule, ses brossages avec une rigueur et une persévérance dignes des maîtres d’antan.

 

C’est avec cet état d’esprit qu’il s’est lancé dans une série consacrée au vignoble neuchâtelois. De Vaumarcus en vent au Landeron en bise, il a parcouru tous les parchets.Il a ainsi retenu des dizaines de points de vue, les photographiant, s’imprégnant de leur atmosphère. Ensuite, tranquillement, il s’est repassé tous ces lieux,retravaillant les cadrages, focalisant son attention sur des détails. Son regard embrasse à la fois de vastes étendues comme des coins intimes.

 

Ensuite il faut choisir. Les choix sont toujours douloureux car ils se font au détriment d’autres selon des critères toujours discutables. Ensuite vient l’étape de la transposition sur toiles. En fonction du sujet, il se détermine sur des formats plus ou moins importants. Pour cette série, trois dimensions ont été retenues : 40 x 40 cm ; 70 x 70 cm et 100 x 100 cm. Le carré est déterminant.

 

Dès que le sujet est reproduit sur la toile par impression jet d’encre commence l’étape de la couleur. Les esprits chagrins diront que la phase du dessin n’est plus présente ; ils ajouteront évidemment que l’artiste est incapable de dessiner ce qu’il voit.  Ils auraient sans doute raison si la volonté du peintre était simplement de dessiner et non de peindre. Cette distinction est fondamentale pour comprendre ce qui pousse Moscatelli à agir ainsi. A ses yeux, le dessin peut être oublié puisque les technologies peuvent y remédier. En revanche, ce qui est fondamental, c’est l’usage de la couleur. En coloriant ces dessins, Moscatelli se montre dès lors totalement créateur puisqu’il n’est plus dans la reproduction pure et dure de la réalité mais bien dans son interprétation. Il est désormais libre de toutes contraintes. Il laisse aller son imagination, sa créativité. En fait, il est simplement peintre.

 

La valeur de l’œuvre dépasse donc le statut d’une photographie. Elle s’appuie sur les capacités de l’artiste à émouvoir, à sublimer la réalité. Dès lors il appartient au spectateur de s’interroger sur la finalité de la démarche, de surmonter éventuellement un sentiment de déjà-vu, de remettre en questions ses propres représentations de l’art. S’il reste sur des impressions au premier degré, il attachera de l’importance à la manière dont un lieu connu est reproduit ; s’il va plus loin dans son appréciation, il va être sensible au traitement de l’image, à son équilibre colorimétrique,  à sa facture globale, bref à l’émotion même qui se dégage d’une peinture. En agissant ainsi, il dépasse le simple regard posé sur une image signifiante exclusivement par son sujet ; il agit comme celui qui contemple une toile abstraite, non figurative où la séduction n’existe que par les harmonies de masses, de formes, de couleurs et de teintes.Face au réalisme ou du moins ce que l’on imagine comme tel, surtout si celui-ci prend en compte des sites apparemment connus, on oublie souvent de penser autrement,d’aller au-delà de l’immédiateté, de se remettre en cause par rapport à sa propre sensibilité.

 

Ainsi, les vignes de Moscatelli sont conceptuelles. Elles exigent un dépassement de la réalité apparente tout simplement parce que ce sont des peintures à part entière. Pour les apprécier pleinement, il faut du spirituel, de la distance et évidemment ne pas se focaliser exclusivement sur le sujet retenu.



[1] Jelmini, Jean-Pierre.(2010). Neuchâtel 1011-2011.Hauterive : Editions Gilles Attinger. No 643.




ECHAFAUDAGE, PALETTES.OBJETS, VITRINES EN VRAC… QUID ?

 

La présentation de ces objets sur cet échafaudage suscite votre curiosité ? Par leur disposition au centre de l’exposition, ces brocs, sulfateuses, houes et autres outils sont les témoins d’un problème inhérent à tous les musées et présentement au musée de la Vigne et du Vin.

 

A l’instar de certains musées qui organisent des visites de leurs collections dans leurs dépôts sous forme de « dépôts visitables», cette présentation au cœur de l’espace en rappelle le principe.  Ceci peut sembler étrange au milieu d’œuvres picturales, mais le but visé consiste à faire prendre conscience d’une réalité souvent oubliée...

 

La partie visible du musée présente une petite quantité des objets accumulés dans les collections, mais la partie invisible, souvent inconnue du public,soulève des problématiques complexes qu’il convient d’aborder pour la sauvegarde du patrimoine vitivinicole neuchâtelois.

 

Les objets exposés sur l’échafaudage attestent de l’abondance des donations faites au Musée. Idéalement, tous les dons devraient pouvoir trouver refuge dans les dépôts de l’institution où des mesures de conservation et de restauration devraient êtres appliquées. Cependant, les espaces consacrés à ces nombreux objets, souvent très courants,sont insuffisants, tant par leurs volumes que par leur configuration si bien que toutes les mesures ne peuvent pas toujours être appliquées correctement.

 

A contrario, le musée cherche à acquérir des objets qui sortent de l’ordinaire par leur particularité et leur originalité.Même si dans les lots d’objets que le musée reçoit lors de dons, on découvre parfois quelques pièces d’exceptions, celles-ci restent relativement rares. En revanche, par une politique d’achat ciblé, certaines d’entre elles, fruits souvent d’une recherche de longue haleine, viennent heureusement compléter les collections. A l’étage, quelques-uns de ces objets sont présentés dans les vitrines.

 

Qu’il s’agisse d’outils exceptionnels, de documents d’archives (si utiles pour la compréhension de notre histoire viticole), d’œuvres iconographiques (tableaux, estampes, dessins, etc.), ou encore d’objets ordinaires dont l’abondance est importante, la pérennité de notre patrimoine doit pouvoir trouver un équilibre entre ces deux extrêmes.




JOURNAL HEBDOMADAIRE DU DISTRICT DE BOUDRY

LITTORAL RÉGION

 

ÉDITION DU 30 SEPTEMBRE 2011 I N°4304 I 86e ANNÉE I 12 PAGES

CHÂTEAU DE BOUDRY

La vigne selon Moscatelli


Le musée de la vigne et du vin accueille l’exposition «La vigne selon Moscatelli» à partir du 3 octobre. Elle célèbre par la même occasion la parution de l’ouvrage éponyme aux éditions Attinger. Réputé,l’artiste neuchâtelois Ivan Moscatelli nous fait partager son regard sur la vigne au travers de 52 œuvres  d’art figuratives.

 

Artiste aux multiples facettes, parfois facétieux, Ivan Moscatelli est à l’aise dans plusieurs domaines de l’art: sculpture, peinture figurative et non figurative. La rencontre est prometteuse entre un produit, le raisin, qui fait partie intégrante de l’Histoire de Neuchâtel depuis deux mille ans et qui a façonné notre région, et un artiste, Ivan Moscatelli, venu d’Italie, jamais reparti, envoûté.

 

Anecdotique, mais révélateur de la place des vignes pour quelqu’un qui pose ses valises dans le bas du canton, dès son arrivée en 1958,il croit un instant en voyant les coteaux verdoyants que c’est «une monoculture de haricots» et se dit «c’est incroyable». Le paysage viticole dans le Piémont ne ressemble en rien aux vignes neuchâteloises. La manière de les cultiver diffère. Cette petite histoire le marque, il en sourit. L’exposition à venir ressemble fort à un petit clin d’œil sur le passé, un retour aux sources, aux premières émotions ressenties en arrivant en Suisse avant même qu’il devienne artiste.

 

D’une pierre deux coups, la Société du musée de la vigne et du vin au château de Boudry et son passionné conservateur, Patrice Allanfranchini, outre l’exposition des peintures a fait paraître un ouvrage «La vigne selon Moscatelli» dont font partie trente œuvres de l’artiste basé à Wavre. Les deux hommes, tous deux originaires d’une petite vallée dans le Piémont, ont une bien-aimée commune: la région et son vignoble. La fête sera au rendez-vous lors du vernissage qui se déroulera samedi (2 octobre 2011). Une journée qui débutera tout d’abord par la vendange de la vigne du Clos du Musée par l’artiste, suivie du vernissage de l’exposition et de l’ouvrage. Parfois exaspéré par le monde de l’art contemporain, le travail réalisé pour la Société du musée de la vigne et du vin semble avoir été un souffle rédempteur pour l’artiste.

 

Une exposition

 

L’exposition revêtira deux aspects distincts. Les œuvres réalisées, spécifiquement pour l’ouvrage et l’exposition, nous font part de la perception actuelle d’un artiste connu pour «son esprit de tâcheron et de coloriste, à la sensibilité aiguisée», précise Patrice Allanfranchini. Le deuxième aspect est bien plus muséographique.

 

Présentée sous forme de palettes d’objets entassés, souvent des dons, elle pose la question des problèmes de conservation et de la diversité des objets reçus. Une partie retracera l’histoire et l’iconographie utilisée autour de la vigne et des vendanges afin de démontrer aux visiteurs sa place dans le pays Neuchâtel.

 

Un ouvrage

 

Ivan Moscatelli au pinceau et Patrice Allanfranchini tenant la plume, le duo nous propose un travail de qualité pour nous présenter l’histoire qui lie les artistes au vignoble neuchâtelois. Le premier illustre et le second nous éclaire. Le premier nous gratifie de son œil  et du choix des vues pour réaliser ses œuvres entre Vaumarcus et Le Landeron. Le second nous enseigne, par son savoir encyclopédique des coteaux neuchâtelois, la proximité de la population avec la vigne.Celle-ci a toujours été présente, elle a été fort longtemps l’un des principaux moteurs de l’économie neuchâteloise et occupait une grande partie de la population du canton. Point de hasard si le musée de la vigne et du vin au château de Boudry a été le premier musée de ce type en Suisse à ouvrir ses portes en 1957déjà. Saviez-vous par exemple que, jusqu’en 1848, des corporations défendaient les vignes menacées par l’implantation de l’industrie lors de la Révolution industrielle?

 

Samuel Déjardin

 

Une exposition à voir du 3 octobre 2011 au 31 mars 2012, du mercredi au dimanche de 14 h à 18 h ou sur rendez-vous