Le Musée
Le Musée»Expositions»Expositions antérieures»2001 Jean-Daniel Dessarzin

JEAN-DANIEL DESSARZIN, entre peintures et vignes

 

Clown, toréador, gondolier, architecte, armailli, voyageur de l’espace, génissomane, gynécomorpheur, parfois misanthrope mais toujours peintre, tel est Jean-Daniel Dessarzin que le Musée de la Vigne et du Vin au Château de Boudry a le plaisir de présenter au public jusqu’au 15 août prochain.

 

Poussé par une insatiable curiosité cassée sans cesse par l’angoisse de la persécution, Jean-Daniel Dessarzin est au courant de tout. Sans aucun doute, ses antennes extraterrestres lui permettent de s’approprier toutes les ondes cosmiques émises. Cette réception universelle lui donne un don d’ubiquité dû sans doute aux multiples dichotomies de sa  personnalité.

 

L’artiste et son livre

 

N’est-il pas doublement vivant comme Claude Garino le suggère dans la biographie autorisée du livre « Dessarzin, moi et moi ». N’a-t-il pas bu l’eau de l’Achéron qui donne la lucidité ?  N’a-t-il pas vagabondé sur tous les chemins du monde, juif errant et messie ? Est-il Maure, Viking ou Fribourgeois ? Est-il du reste de quelque part ?

 

Ses racines sont multiples ; elles s’enfoncent dans la terre du monde à la recherche de la vouivre éternelle. Elles le connectent aux arbres sacrés que les Celtes adoraient.  Elles le nourrissent de tous les terroirs.

 

Une peinture diversifiée

 

Et pour exprimer tous les sucs qu’il accumule, il peint. Il peint avec passion les mondes qui sont les siens. Les multiples facettes de ses nombreuses vies lui servent d’inspiration, de support. Médium de son art, il se divise et se multiplie, renouant à chaque fois avec les arcanes de l’art qu’il assouplit à sa guise. Il est peintre comme d’autres sont pasteurs.

 

Son énergie vient de sa vocation et celle-ci est inextinguible.

 

Aujourd’hui, il s’est assimilé au pampre, à la liane, à la tradition qui lie les hommes au vin, la boisson des dieux, celle de la sagesse. Ses évocations sont diversifiées. Elles ne se rattachent pas à une réalité conformiste. Elles sont simplement là, à l’état brut, offrant au regard des coups d’œil facétieux.

 

En peignant, Jean-Daniel Dessarzin est heureux.


« Il peint, il peint, Dessarzin, il peint, il peint… »

 

De l’art pariétal au post-post-post …….isme, il est toujours là. Fidèle, glissant vers un azur immatériel, apposant sur de la toile de tous grains des formes, des couleurs, des sentiments, des envies, des retenues, des hypothèses, des suppositions, des on-dits, des rumeurs. Surtout ces dernières qui lui permettent d’être parfois persécuté, hypocondriaque, schizophrène…

 

Mais avant tout, il est lui-même, perdu dans un monde où les interactions stimulent les représentations de tout acabit. Il est par excellence le peintre, celui qui a un besoin impérieux de se laisser aller à la conquête d’univers insondables limités pourtant systématiquement par les grandeurs des toiles. Giclées, vaches, Venise, clowns, lacs, ciels, terres, eaux, herbes, absinthe, derrière cet éclectisme apparemment sans lien, il y a une unité profonde, un œuvre cohérent qui, au gré des siècles, s’est affirmé, s’est mâturé, s’est singularisé dans une démarche rigoureuse emplie de facéties.

 

Il peint sans repères chronologiques ; il est atemporel. Son langage codé n’a même pas de sens pour les initiés. Sa cabalistique se veut impénétrable, indéchiffrable. Il donne des indices qui agrémentent l’écheveau de l’incompréhension. Il les distille au compte goutte pour qu’on en exhale la quintessence.

 

Quand quelqu’un est tenu par la peinture, qu’il s’en enivre, il peut se perdre pour éventuellement se retrouver un jour, par hasard, au milieu de milliers d’images qui constituent son exhalaison extatique. C’est ce qui est arrivé à Dessarzin pour le plus grand plaisir de ceux qui aiment les couleurs en plénitude.

 

Patrice Allanfranchini