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Le Musée»Pièces principales»Une publicité d'Edmond Bille

UNE PUBLICITÉ D'EDMOND BILLE


Le Musée de la vigne et du vin a pu se porter acquéreur d'une gouache originale d'Edmond Bille réalisée à  titre de publicité pour la maison Perrier de Saint-Blaise. Cette affiche appartient à une série de trois, les deux autres étant en mains privées.


Edmond Bille est né à Valangin le 24 janvier 1878. Après avoir effectué son gymnase à Neuchâtel et avoir été un membre émérite de la Société Néocomia, Bille a entrepris des études à l'Ecole des beaux-arts de Bienne (1894-1895) avant de fréquenter l'atelier Laurens et Constant à l'Académie Julian de Paris.

Considéré aujourd'hui comme un des maîtres de l'Ecole de Savièse, suite à son établissement au Valais en 1904, Bille n'en demeure pas moins un artiste neuchâtelois puisque toutes ses premières œuvres sont souvent liées à la région comme celle reproduite ici en témoigne.

Il est vrai que pour un jeune artiste les débouchés ne sont pas faciles. Ainsi, Bille s'adonne à la réalisation d'affiches pour gagner son pain. Toutefois, ses affiches ne sont pas dénuées d'intérêt pictural. Elles peuvent même être rattachées aux grands mouvements artistiques de l'époque. Celle-ci a, sans aucun doute, des connotations Nabis, principalement dans l'interpré-tation du ciel.

En plus de vanter les qualités d'une grande maison de vins de Saint-Blaise, cette affiche a la particularité de représenter une vieille tradition de vendange : celle des pipes de noix.

Pour décrire ces pipes, on peut se référer à un texte du général de Gélieu qui évoque ses souvenirs d'enfance en temps de vendanges.

"Pendant les vacances d'automne, nous allions mes sœurs et moi, chez ma tante Imer à la Prise, près Colombier, et chez ma tante Du Pasquier à Colombier même, et dès que les vendanges étaient ouvertes, nous étions les premiers à entrer dans les vignes après les vignerons. Nous commencions naturellement à choisir les plus belles grappes et nous mangions du raisin, plus que je n'en pourrais supporter aujourd'hui. Puis quand les gerles étaient foulées, c'est-à-dire que le raisin qu'on y avait versé était écrasé au moyen d'un pilon, nous prenions "nos pipes de noix" et allions boire le jus des raisins. Les pipes se composaient d'une grosse noix, de celles qu'on appelle "noix des Goths", au bout de laquelle on fixait un jonc pris au bord du lac, après avoir auparavant vidé la noix et pratiqué plusieurs trous dans la coquille.Heureusement pour nous, les trous se bouchaient bientôt, car les grains y entraient et n'en ressortaient qu'avec peine. Sans cet arrêt involontaire, nous nous serions peut être enivrés de jus de la grappe, si doux et si bon.

Le soir, pour nous préserver des suites fâcheuses que pouvait avoir cet excès de boissons, on nous donnait des pommes de terre rôties que nous devions manger toutes chaudes ; nous aimions beaucoup ce remède !

Nous aidions parfois à tourner le pressoir, et nous en avions notre profit ; car alors, on nous permettait de remplir des verres de moût qui coulait du pressoir ; ce moût était plus fort que le jus de la gerle et quand nous en avions bu deux verres, c'était assez pour la journée.

Pendant les vendanges, chacun est gai, surtout quand la récolte est bonne ; aussi entend-on le soir, après le travail, les vendangeurs et les vendangeuses chanter de joyeuses chansons,jusqu'à ce que la cloche de 9 heures les rappelle au repos, en vue du travail du lendemain."

(Général Bernard de Gélieu, né en1838; AEN Journaux et Livres de raison, Tr 1038, fol 35 et suivants)

Ce texte résume bien l'atmosphère des vendanges d'hier et surtout rappelle l'anecdote que Bille a choisi d'illustrer avec ces deux enfants attirés par le moût contenu dans la gerle. Les pipes de noix  sont bien reconnaissables et les sourires des mômes laissent supposer que les suites fâcheuses évoquées par Gélieu ne les perturbent pas.

Datée de 1900, cette œuvre a donc une double intérêt :premièrement, elle est signée de la main d'un artiste suisse du 20èmesiècle important et, deuxièmement, elle rappelle des plaisirs enfantins en temps de vendanges qui ont aujourd'hui totalement disparu.

Le Musée espère un jour pouvoir rassembler les autres affiches que Bille a consacrées à la vigne, tant ces œuvres-là ont de l'importance pour l'histoire de la promotion des vins de Neuchâtel. Puisse notre vœu un jour se concrétiser.

Patrice Allanfranchini