Histoire
Histoire»Après 1957

Le Château depuis 1957


C'est en grande pompe que le 1er octobre 1957, la Compagnie des Vignolants du Vignoble Neuchâtelois prit solennellement possession des lieux. Un cortège aux flambeaux conduisit les Vignolants, porteurs des drapeaux des dix-neuf communes viticoles, du coeur de la ville en leur nouveau chef d'ordre. Jean-Pierre Baillod rappelle que dans la cour d'honneur, à l'appel, les représentants des communes déposèrent au sein du puits reconstitué à la place de la citerne, un peu de terre à vigne de leur territoire. Ce geste symbolique sacrait le Château: Maison du Vignoble,donnant officiellement naissance au Musée de l  Vigne et du Vin, le premier du genre en Suisse.


1957 - 1981


La Compagnie des Vignolants fut durant cette période responsable du musée et de son organisation. Elle fit installer, dans ce qu'il était autrefois convenu d'appeler l'anticave, un extraordinaire pressoir à vis centrale en bois du XVIIIe siècle qui provenait de la Maison du Tilleul à Saint-Blaise. Avec l'aide de l'Etat, elle fit entrer au Château le plus moderne des trois triptyques que Gustave Jeanneret avait consacrés au vignoble (actuellement, ces trois oeuvres sont exposées au Musée) et surtout put acheter une des grandes tapisseries que Lurçat réalisa sur le thème de la vigne, du même format que celle du Musée du vin de Beaune.


Dans le hall du Château, quelques vitrines présentaient la Compagnie des Vignolants ainsi que divers documents, dont quelques lithographies de Hans Erni tirées de ses livres bachiques. Dans la salle dite des Confréries, étaient exposés les nombreux diplômes et médailles reçus par la Compagnie au cours de ses pérégrinations à travers toute l'Europe. D'autres objets complétaient la présentation.

A l'étage, dans trois petites pièces,étaient présentés une ampélographie,quelques modèles décrivant la vigne en fleurs et ses principales maladies, une série de carafes et verres anciens, et la reconstitution d'une vigne.

Bref si l'intérêt pour le musée était réel, sa mise en valeur fut peu à peu négligée, à tel point qu'il s'empoussiéra et disparut des habitudes de visite des touristes.

Cette situation inquiéta quelques députés qui, en 1978, interpellèrent le Conseil d'Etat afin qu'il mette sur pied une commission chargée d'étudier un concept général de poli­tique touristique pour le Canton. Parmi les idées émises, l'une proposait de réactiver le Musée de la Vigne et du Vin. Elle fit son chemin, puisqu'elle aboutit en 1981 à la constitution de la Société du musée de la vigne et du vin,qui préside depuis à la destinée du musée.

1981-1989


Sous la présidence d'Alex Billeter, la société se mit au travail, proposant d'entrée un projet ambitieux, qui consistait à étendre le musée dans l'ensemble des combles du Château, laissés inoccupés. L'architecte Jean-Louis Béguin dressa des plans. De nombreuses manifestations furent mises sur pied afin de faire connaître au public ce musée, mais surtout la richesse de l'histoire viti-vinicole du Pays de Neuchâtel. Des expositions eurent lieu extra-muros puisque l'état du Château ne permettait pas qu'elles soient présentées en ses murs.


Mais entre les intentions, toutes louables qu'elles soient, et leur réalisation, il faut que l'argent, nerf de toute entre­prise, soit disponible. Nous avons suffisamment montré au cours de ces quelques pages que ce fut son absence perpétuelle qui fit que le Château tomba peu à peu en ruine. A nouveau, le développement muséal du Château se heurtait à une situation économique jugée peu favorable. Remarquons que jamais au cours de l'histoire le moment ne fut propice, si l'on se réfère aux textes et aux arguments de ceux qui détenaient les cordons de la bourse. Il en est toujours de même dès qu'un but culturel est sous les feux de la rampe: l'histoire se répète sans qu'on en tire de leçons. Bref, jamais il ne fut opportun de sou­mettre au législatif cantonal une demande de crédit pour Boudry.

Mais l'idée suivait son cours, prenait de la consistance, trouvait des adeptes et non des moindres, puisque le conseiller d'Etat André Brandt admit que le projet était digne d'intérêt. Cet accord permit de réaliser l'aménagement des pièces du premier étage, qui furent inaugurées le 24 juin 1986. Leur muséographie préfigurait la suite. Grâce à l'emploi de matériaux modernes, contrastant avec les murs vénérables de l'édifice, on put mettre en place un parcours succinct présentant un survol de la bimillénaire viticulture neuchâteloise.

Cette étape était à peine terminée qu'il fallut reprendre l'entretien du Château: il n'y avait plus eu de travaux importants depuis trente ans. Des problèmes surgirent au niveau de la toiture, dont le revêtement laissait passer pluies et neiges. La réfection du toit devenait indispensable.Ces travaux présentaient l'occasion rêvée de mettre en place le musée dans les combles, ce que l'Etat comprit si bien que tout au long de 1988 et une partie de 1989, le Château vit à nouveau défiler les ouvriers : charpentiers, couvreurs, serruriers, maçons, électriciens, peintres, spécialistes de la chaux ... Tous oeuvraient sous la direction de l'Intendance des bâtiments de l'Etat, réalisant le concept architectural défini par Jean-Louis Béguin. Suite à une réflexion qui voulait concilier les murs historiques et une muséographie résolument moderne, il fut admis que toute l'intervention contemporaine serait marquée. A force de rechercher un fil rouge cohérent, on décida de peindre tout l'apport en rouge.Escaliers en fer, conduit de cheminée, rail électriques, panneaux explicatifs, tout est rouge. La forme pyramidale des vitrines provient en ligne directe de l'aspect triangulaire de la charpente.

En accord avec le Service des monuments et des sites, le traitement des murs s'est fait à l'ancienne, à la chaux. L'ancrage du mur de refend et une partie du plafond des anciennes cellules ont été conservés. Une porte de prison fut même remise en place.

Quelques investigations archéologiques ont révélé l'existence d'un chemin de ronde sur le mur nord, entre la tour d'angle et les restes de l'ancien donjon gothique.

Bref,ces travaux ont été menés selon les critères contemporains de la conservation, qui tiennent à éviter le faux vieux. Le résultat d'ensemble est sans conteste une réussite architecturale qui justifie la collaboration interdisciplinaire de différents spécialistes tout au long de la restauration. Les travaux achevés,il fallut mettre en place le contenu en accord avec l'architecture. Il fut convenu de détacher l'exposition des murs pour bien marquer le décalage entre l'enveloppe historique et l'apport moderne.

Finalement, le musée fut inauguré le 14 octobre 1989 en présence des autorités de l'Etat. Le Pays de Neuchâtel pouvait s'enorgueillir de posséder un témoin digne de son passé viticole. Rappelons que la vigne et le vin furent la principale activité économique du pays jusqu'à la fin du XVIIème  siècle et qu'alors, l'Etat retirait un tiers de ses revenus du commerce des vins ! Et c'est le 3 novembre 2007 qu'il a été à nouveau entièrement réaménagé.

LE CHÂTEAU AUJOURD'HUI


Plus personne n'oserait aujourd'hui proposer la démolit
ion pure et simple du bâtiment comme en 1749. Le Château est sauvé et entretenu. Sa silhouette est inscrite dans le paysage boudrysan et personne n'accepterait qu'elle disparaisse.

Depuis1957, le Château est connu pour ses salles de réception, utilisées pour des repas, mariages ou autres cérémonies. Sa grande salle dite "Salle des chevalier" peut accueillir jusqu'à cent trente personnes. On peut y faire venir des traiteurs ou demander directement le service de l'intendant du Château. Le "Caveau" peut contenir une quarantaine de personnes. On y déguste des plats traditionnels du terroir confectionnés dans les cuisines du Château. Un "Cellier", aménagé dans l'ancienne cave seigneuriale, abrite les pro­duits des encavages vignoble. On peut y déguster toute la gamme des vins de Neuchâtel, des traditionnels chasselas et Pinots noirs aux spécialités telles les Pinots gris, Chardonnays, Blancs de noir Rriesling x Sylvaner, Gewürztraminer et autres mousseux dont les rois de Prusse se régalaient déjà.

Ambassadeur des vins de Neuchâtel sous les auspices de l'Office des vins et produits du terroir de Neuchâtel, le Château est aussi l'écrin où la vigne et le vin peuvent raconter leur longue histoire. Le musée actuel se charge de la présenter au public tant dans sa partie permanente qu'au cours d'expositions temporaires.

Les pierres permettent de relier les hommes entre eux. Même si elles peuvent tomber en ruine, elles subsistent pourtant davantage que ceux qui les ont élevées. Constatant ainsi leur inanité, ceux-ci doivent se rappeler l'éphémère de leurs intentions face à la pérennité des monuments auxquels ils sont attachés. La longue histoire du Château de Boudry atteste cette manière d'agir qui pousse les habitants d'un pays à vouloir malgré tout conserver leurs racines. Même si ile bâtiment actuel n'est plus l'édifice gothique, même si ses murs ont servi de carrière, même si les silhouettes de ses tours ont sombré dans l'oubli,sa survivance, même réduite, suffit à évoquer la longue chaîne qui a forgé l'identité du pays. De surcroît, le fait que le Château soit devenu aujourd'hui la Maison du Vignoble, renforce son rôle emblématique dans une région où la mentalité des hommes s'est forgée en harmonie avec la terre qu'ils cultivaient.

Le Château n'est pas seulement un lieu du souvenir. Il ne cherche nullement à évoquer la nostalgie du passé. Bien au contraire, tout en le mettant en exergue, il actualise le présent, pour ne pas dire l'avenir. Tant par des repas que par des expositions, il cherche à poursuivre sa marche vers demain, rappelant peut-être simplement que les hommes et les choses passent et que les affectations d'un lieu doivent suivre les besoins des époques.