Le Musée
Le Musée»Expositions»Expositions antérieures»2009 Baraques de vignes

BARAQUES DE VIGNE


Des coteaux… des chemins caillouteux… des alignements de ceps… tel est le paysage viticole de notre vignoble. Parfois, le regard croise une petite baraque : une cabane de vigne, témoin d’une époque et de pratiques révolues. Dans toutes les régions viticoles ces "maisons de vigne", qui font partie du patrimoine, disparaissent peu à peu.


Pourtant, leur valeur paysagère, leur architecture unique, les histoires qu’elles racontent… méritent que l’on s’intéresse à elles… et qu’elles soient préservées.

Jusqu’au milieu du XIXème siècle, la vigne est cultivée en foule : la multiplication des ceps résulte du marcottage (ou provignage). A la fin du XIXème, après l’attaque du phylloxera, le recours au porte-greffe ne permet plus le marcottage puisque chaque pied planté est un pied greffé. Les conséquences sont nombreuses: les plantations sont alignées, la conduite au fil de fer se développe et remplace la conduite sur échalas. Les labours à bras sont également abandonnés car la charrue attelée peut être introduite dans les vignes. Enfin, d'une manière générale, les vignerons donnent beaucoup plus soin de leurs vignes.

Comme les plantations se situent à quelques distances des habitations, les cabanes de vigne prennent tout leur intérêt et se généralisent : elles permettent de stocker les piquets, le fil de fer et quelques outils, mais surtout d'abriter hommes en cas d’intempéries.

Les cabanes de vignes ont été construites avec toutes sortes de matériaux. Les propriétaires les plus aisés ont utilisé des pierres de taille. Pour ceux-ci, ces petites maisons servaient  de cabinet de repos si bien qu’ils les dotaient d’une cheminée. L’iconographie du 18e siècle permet d’en localiser certaines autour de la ville de Neuchâtel. Peu subsistent aujourd’hui.

Depuis plusieurs décennies, les cabanes de vignes ne trouvent plus d’utilité aux yeux des vignerons. En effet, l’avènement du tracteur accélère les déplacements et facilite le transport du matériel. Le repas du midi peut être pris au siège de l’exploitation.

La plupart des cabanes de vignes sont donc abandonnées petit à petit ; tout au plus, elles servent à entreposer quelques piquets et un peu de fil de fer.

En conséquence, nombre d’entre elles ne bénéficient plus d’entretien sauf si elles servent de lieux de détente, voire de petites résidences secondaires.

En Suisse, on les appelle capite, guérite, cabinet.

   

Kikajon: à Neuchâtel : cabane de jardin
Pour l´anecdote, si on appelle encore la cabane de jardin le kikajon, on le doit à cette bible annotée. Ostervald a tout simplement transcrit le mot hébreu qui désigne la plante sous laquelle le prophète Jonas s´est abrité, à l´extérieur de Ninive, après avoir accompli sa mission prophétique dans la grande ville (voir Jonas 4).



Le pavillon du Bugnon ou Tintabenet


Elevé sur la colline du gibet de Colombier, soit le  Crêt d'Areuse, qui surplombait sa maison dans laquelle la famille emménage en 1805, cet extraordinaire pavillon de vigne a sans doute été construit par Jean-Jacques Bovet.
(1756-1811) Cette attribution lui revient car Jean-Jacques Bovet est connu dans la chronique familiale pour avoir dépensé une bonne part de sa fortune en murs de vigne, vérandas, cabinet de jardin et gloriettes de tous genres.

La légende ajoute que Jean Jacques y montait de temps à autre et signalait, en hissant un drapeau rouge ou blanc, la couleur du vin que devait lui apporter son domestique !

Ce pavillon, ainsi que plusieurs salons et vérandas du hameau d’Areuse, contient des fresques dont l'auteur fut certainement un des maîtres dessinateurs de la fabrique de Boudry, car on y reconnaît, en manière de frise, dans les entrelacs d'un ruban bleu que supportent quatre thyrses dorés, tous les singes, perruches et coquecigrues des tentures à l'arbre ou au perroquet des Bovet.

La construction de ce cabinet de vigne est particulièrement soignée. Bâti en pierres de taille de calcaire jaune, percée d'une porte au nord et de fenêtres, sur un niveau inférieur semi-enterré maçonné, toiture à quatre pans couverts de tuiles, il abrite à l'intérieur des décors peints remarquables  datant du début du 19e siècle, avec des scènes exotiques très rares dans le canton.

Retouché par le peintre Alfred Blailé au cours du 20e siècle, qui compléta selon son inspiration quelques manques dans les peintures dus à des dégradations naturelles, ce pavillon vient de faire l’objet d’une restauration complète effectuée dans les règles de l’art.

Sources : Dorette Berthoud, Les indiennes neuchâteloises. Neuchâtel : La Baconnière, 1951.